OPINION
27 janvier 2021

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On ne peut effacer l’histoire du mouvement. On ne peut faire disparaître les traces, les erreurs cicatricielles qui se sont imprimées, chaque jour, dans ce désastre que l’on nomme environnement. Nous ne pouvons pas effacer l’histoire du mouvement, mais nous pouvons préférer l’initiative à l’apathie, refuser la paresse, choisir les actions efficaces. User de ses jambes, c’est abattre les moteurs ; c’est miser sur l’équilibre pour mieux se stabiliser.

Quatre saisons, c’est le pari que prend le Comité Vélo du Cégep de Sainte-Foy en proposant, mercredi le 3 février à 18 h 30, une formation sur le cyclisme hivernal. C’est une offre qui est lancée aux étudiantes et aux étudiants : combattre les murs de la pandémie en pédalant les trajets, rouler pour que le cœur, à l’instar de l’esprit, retrouve le rythme et les repères qu’il aura perdus.

Quatre saisons, c’est redonner à celles et ceux qui en ont le plus besoin. Par le vélo, on ne peut effacer l’histoire du mouvement, mais on peut changer celle de plusieurs grâce à un simple concept : le profit. Faire le pari de la bicyclette à l’année, en plus de diminuer le nombre de véhicules polluants sur les routes, c’est augmenter de plusieurs milliards de dollars les sommes pouvant être redistribuées dans les programmes sociaux, dans le système de santé et surtout dans les établissements d’éducation (1). Choisir le vélo, c’est en partie assurer un avenir viable pour toutes et tous ; c’est aussi instaurer une hygiène de vie collective et une transmission du savoir équitable.

Quatre saisons, ce sont les moments que l’on veut conserver. C’est vouloir voir la neige en décembre, les bourgeons en avril, les framboises en juillet et les teintes d’orangé en octobre. Pour cela, nous changeons nos actions. Pour cela, nous faisons pression sur les gouvernements. Pour cela, nous pouvons maintenant choisir de garnir l’asphalte de vélos, donc de dépolluer l’air et d’assainir les eaux. Abandonner les moteurs dans leur histoire ; troquer les GES pour la santé planétaire (2). Quatre saisons à bicyclette, ça n’est pas le titre d’un Martine, ni même une comptine pour enfants. C’est une piste (cyclable) vers des solutions multiples ; un raccourci pour éteindre notre maison qui brûle (3).

« Ma terre ne veut jamais de moi/J’avance, elle s’éloigne/Je recule, elle s’étend. » (4) Dans son quatrième recueil de poésie, Nanimissuat • Île-tonnerre, Natasha Kanapé Fontaine manie les mots pour que de ses vers jaillisse une plainte contre l’abandon du territoire. Choisir les petites actions efficaces pour faire la différence, c’est reculer de la destruction de la planète, laisser la nature s’étendre et reprendre de son ampleur. Si on peut encourager les initiatives comme le vélo quatre saisons, c’est qu’on peut aussi s’inscrire dans l’histoire du mouvement.

Lien vers l'événement facebook de la formation
https://www.facebook.com/events/3798827136872623

​Quatre saisons à bicyclette

Emmanuel Brouillette

Références

1. Gössling, Stefan, Andy Choi, Kaely Dekker et Daniel Metzler. « The Social Cost of Automobility, Cycling and Walking in the European Union ». Ecological Economics 158(C) (2019) : 65-74. Doi : 10.1016/j.ecolecon.2018.12.016.
2. Papon, Francis, Clément Dusong. « Bilan positif de la pratique du vélo - santé et environnement ». HAL. https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-01455380/document#:~:text=En%20tant%20que%20tel%2C%20le,qui%20produit%20un%20gain%20environnemental.&text=Le%20v%C3%A9lo%20a%20trois%20types%20d'effet%20sur%20la%20sant%C3%A9%20humaine.
3. Thunberg, Greta. « Our House Is On Fire » Forum économique mondial, 20 septembre 2019. https://www.youtube.com/watch?v=U72xkMz6Pxk.
4. Kanapé Fontaine, Natasha. Nanimissuat • Île-tonnerre, Poésie (Montréal : Mémoire d’encrier, 2018), 29.

Illustration de Gal Shir