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2 mai 2020

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De tous les effets qu’on a pu observer suite à la situation pandémique des dernières semaines, un des plus inattendus et des plus inusités est probablement l’apparition de rêves vivides et similaires que plusieurs personnes ont vécus récemment. Un blog (idreamofcovid.com) à même été créé dès les premiers jours du confinement pour documenter comment l’atmosphère d’anxiété inhabituelle et les changements d’habitudes que tous vivent influencent les rêves de la population. Mais pourquoi cette tendance collective au rêve ?

Plusieurs phénomènes liés aux rêves ont été observés depuis le début de la crise de la COVID-19. En effet plusieurs personnes ont remarqué faire des rêves beaucoup plus vivides, ou simplement rêver plus. Une première explication serait qu’on se souvient plus de nos rêves parce qu’on dort plus, et surtout parce qu’on se réveille plus. En effet, pour se souvenir de ses rêves, il faut les avoir faits peu de temps avant de se réveiller, et donc si vous vous réveillez plus souvent durant la nuit, vous vous souviendrez de plus de rêves. Certains l’auront bien remarqué, le stress des événements, les horaires plus chaotiques et la lumière bleue provenant des écrans que l’on utilise plus souvent en confinement sont toutes des choses qui peuvent affecter la qualité de notre sommeil.

Si la quarantaine vous a plutôt permis de rattraper des heures de sommeil perdues, c’est aussi un facteur qui contribue à rêver plus souvent et plus intensément. Ainsi, on rêve lorsqu’on entre dans la dernière phase de sommeil appelée la phase de sommeil paradoxal : la respiration et le rythme cardiaque sont irréguliers, les yeux bougent rapidement et l’activité cérébrale se rapproche de celle de l’éveil. Plus notre sommeil est long, plus notre corps reste longtemps dans cette phase, ce qui permet concrètement de rêver plus.

Une autre explication à ces rêves vivides pourrait être que notre cerveau gère les informations du quotidiens en rêvant, car une des fonctions des rêves est la régulation émotionnelle. Si on a affaire à des événements intenses et étranges en étant éveillé, il y a de fortes chances que nos rêves soient aussi plus intenses. D’ailleurs, les professionnels de la santé qui vivent en ce moment des épisodes plus anxiogènes pourraient voir leurs rêves encore plus transformés que les autres. La théorie émise par Freud au début du 19ème siècle qui considère les rêves comme un débordement de la partie de la psychée qui contient les peurs et les émotions refoulées, serait aussi à l’oeuvre. Nos rêves reflèteraient, de manière symbolique ou littérale, les peurs ou inquiétudes que nous vivons à l’éveil, peut-être même sans le savoir consciemment. La peur du virus, de la contagion ou d’une situation instable étant assez généralisées, on retrouve des rêves aussi généralisés, sous forme de symboles assez particuliers. Une sondage en cours réalisé par la docteure Deirdre Leigh Barrett a rapporté beaucoup de rêves reliés directement au coronavirus, mais aussi des rêves plus métaphoriques. L’étude a en effet relevé chez les sujets plusieurs rêves contenant des raz-de-marée, des injections létales, ou encore des insectes. C’est un phénomène très intéressant pour les chercheurs s’intéressant à l’imaginaire collectif et ses symboles…

On ne devrait pas par contre «surinterpréter» les rêves, nous prévient la docteure Rébecca Robillard. Essayer de les rattacher systématiquement à la réalité n’est pas toujours une bonne idée, le rêve est souvent plus complexe que ce qu’une interprétation de premier niveau nous permet de comprendre. Toutefois, prendre conscience de ses rêves, et même les noter dans un journal peut nous en apprendre davantage sur nos sentiments inconscients ou sur des thèmes récurrents qui nous préoccupent sans qu’on en soit réellement conscient. Ce peut être un processus enrichissant ou du moins un sujet de conversation intéressant. Pour ceux qui ne peuvent jamais se souvenir de leurs rêves, on recommande de rester couché, les yeux fermés dans les moments suivants le réveil, et attendre que les derniers souvenirs de nos rêves reviennent à la surface et d’ensuite noter tout ce dont on se souvient. Ne vous en faites pas trop si au début, vous ne gardez que très peu, ou pas du tout de trace de vos rêves ; des études ont démontré que lorsqu’on pense plus à nos rêves en étant éveillé, on tend à s’en souvenir plus facilement par la suite.

Ce que les rêves ont à nous apprendre

Judith Rompré

Références