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13 avril 2020

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Le 14 mars, le gouvernement du Québec a décrété l'état d'urgence sanitaire, comprenant des mesures visant à limiter la propagation de la COVID-19. Cependant, le confinement menace considérablement la vitalité de l'économie au niveau mondial. Selon la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante (FCEI), environ 25% des petites et moyennes entreprises (PME) du Québec ne survivront pas à un mois de fermeture.

​Les mesures appliquées par les gouvernements dans le but de contrer la propagation du virus mènent vraisemblablement à une récession. Cette crise sans précédent, qui modifie fondamentalement nos habitudes de vie, risque d'avoir des conséquences durables dans de nombreux secteurs.

 ‌Le‌ ‌retour‌ ‌d’un‌ ‌keynésianisme‌ ‌

La remise en question des doctrines libérales ne date pas d'hier. Dans la première moitié du XXe siècle, John Maynard Keynes, économiste britannique, fonde la macroéconomie keynésienne, qui est derrière le keynésianisme. Cette macroéconomie a servi à justifier des politiques d'intervention de l'État dans l'économie. Fondamentalement, le keynésianisme diffère du libéralisme dans l'interventionnisme. Alors que le keynésianisme propose que l'État doive intervenir dans les marchés, le libéralisme croit en les lois naturelles du marché se régulant lui-même et qu'intervenir nuirait à son efficacité.

 ‌Après de nombreuses années de politiques néolibérales, la demande d'un état plus régulateur augmente. Selon Esther Duflo, économiste récipiendaire du prix Nobel d'économie en 2019, «C'est vraiment le moment keynésien par excellence.» (1) Selon elle, «Quand on a une grosse crise de demande comme aujourd'hui, il faut injecter des ressources dans l'économie» (2) et ne pas intervenir rendrait la situation «plus mortelle, et d'un point de vue strictement financier, plus grave». (3) Les difficultés économiques provoquées par la pandémie amplifieront les critiques déjà existantes du néolibéralisme.

Le‌ ‌statu‌ ‌quo‌ ‌

Au temps de la COVID-19, la critique envers la société capitaliste actuelle, qui était déjà présente, augmente considérablement. Pour certains, ‌‌«‌ ‌‌Le‌ ‌retour‌ ‌à‌ ‌la‌ ‌normale‌ ‌n'est‌ ‌pas‌ ‌une‌ ‌option‌ ‌».‌ ‌Les manières d'agir en société y sont dénoncées notamment sur un point de vue environnemental, social et économique. La crise que nous vivons actuellement souligne ces enjeux et certains y voient une opportunité de rebâtir la société sur de nouvelles bases.

 ‌Par exemple, la période de pause effectuée par les différents pays montre qu'en essayant d'aplatir la courbe d'infections, nous avons également aplati la courbe d'émission de GES. Il devient plus difficile de défendre l'inaction face aux changements climatiques sachant que des changements sont possibles d'une certaine manière. Plusieurs voient comme injustifiable de revenir à ce statut quo et sont d'avis qu'il faudrait relancer l'économie tout en conservant des émissions faibles en GES. (4)

 ‌Un‌ ‌Québec‌ ‌autonome‌ ‌

À l'origine, les communautés se devaient d'être les plus autosuffisantes possible. Par définition, l'autosuffisance est la capacité de subvenir à ses besoins sans contribution extérieure. L'exportation étant autrefois significativement moins efficace qu'aujourd'hui, les communautés autour du monde devaient se procurer autant que possible leurs produits localement, ce qui incluait notamment la nourriture, les vêtements, les matériaux, l'artisanat et bien d'autres.

​La mondialisation fulgurante de la fin du XXe siècle à aujourd'hui a notamment apporté des moyens de transports et de communications largement plus optimaux, rendant l'exportation et l'importation significativement plus accessibles. Les consommateurs ont alors commencé à se procurer bon nombre de leurs produits à d'autres pays qui pouvaient maintenant présenter des prix plus compétitifs. Par le fait même, les Québécois sont devenus dépendants de la production des autres pays.

​Par exemple, la pandémie a mis en évidence le manque de préparation en équipements médicaux (masques, blouses, gants etc). Principalement, la forte hausse en demande d'équipements de tous les pays alors que très peu d'entres eux en produisaient a rendu leur procuration plus complexe pour les États. Le Québec ne fut pas épargné. Il aurait pu manquer d'équipement dans l'intervalle d'une semaine seulement. Ce problème aurait été évité si le Québec avait été autosuffisant sur ce plan.

​Par ailleurs, en temps de crise comme celle-ci, les commerces sont menacés. Nous consommons moins et, par conséquent, la vitalité de l'économie est en péril. Actuellement, il est difficile de prédire la fin de la crise. François Legault a énoncé l'importance d'acheter des produits locaux dans le point de presse quotidien du 5 avril : «Il faut acheter local, c'est important pour nos entreprises québécoises, puis c'est important pour nos travailleurs, travailleuses québécois de ces entreprises-là.» (5) Dans le même point de presse, ‌ ‌‌Le‌ ‌Panier‌ ‌Bleu‌ ‌a été annoncé. Il s'agit d'un site internet répertoriant les commerces (physiques comme en ligne) québécois.

​Tout compte fait, les défis économiques engendrés par la COVID-19 nous obligent à remettre en question beaucoup de notions que nous prenions pour acquises. Certains comparent métaphoriquement la situation à la Terre nous enfermant dans notre chambre pour réfléchir. En attendant, il est important de continuer à suivre les directives du gouvernement.

Ça va bien aller.

COVID-19: À quoi s'attendre pour la suite?

Victor Dubuc

Références

1. Hanne, Isabelle (2020, 11 mars). « La peur de rendre les pauvres plus paresseux existe depuis toujours ». Libération (Paris).
2. Ibid
3. Ibid
4. Evans, Simon. 2020. « Analysis: Coronavirus set to cause largest ever annual fall in CO2 emissions ». Dans Carbon Brief. https://www.carbonbrief.org/ [consulté le 10 avril].
5. Bellerose, Patrick (2020, 5 avril). « Legault demande d’acheter local ». Le Journal de Québec (Québec).

Illustration d'Adam Simpson