OPINION
9 mai 2020

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Les sciences sont de véritables super-héroïnes : que ce soit pour découvrir des vérités irréfutables, pour obtenir des réponses absolues ou pour trouver des solutions magiques aux problèmes sans issue, c’est toujours vers elles que nous nous tournons. Les sarraus blancs inspirent le respect, les mots compliqués impressionnent et les sciences ont la cote. Mais derrière ce masque éclatant de perfection ne se cacherait-il pas de terribles vices ?

Les sciences ont fait leurs preuves, il faut l’admettre. Je n’ai pas besoin de vous énumérer les effets positifs qu’elles ont eus sur nos vies. Personne n’a envie de retourner vivre au Moyen ge et de tenter de camoufler la putréfaction des aliments à l’aide d’épices et celle des hommes avec des parfums. Néanmoins, nous avons trop souvent tendance à tenir pour acquis ce dont nous bénéficions sans réellement remettre en question nos habitudes de vie, qui sont par ailleurs régies par ces fameuses sciences.

L’omniprésence de la technologie dans notre quotidien et la dépendance que nous avons développée à son égard ne sont que des exemples parmi tant d’autres qui prouvent le pouvoir démesuré que les sciences ont sur nos vies. En effet, en souhaitant nous simplifier la vie en les utilisant le plus possible, nous leurs sommes désormais soumis. Bonne chance pour vivre une semaine sans technologie dans le monde actuel, où la grande majorité d’entre nous ignore les bases de la survie ! Je ne suis pas une exception.

Les individus ne sont pas les seuls à blâmer : toute notre société est basée sur la technologie. Pour l’école, pour travailler, pour se déplacer, pour payer, pour communiquer, toutes les excuses sont bonnes pour l’utiliser. Le problème avec cette situation, c’est que les compagnies profitent de cette omniprésence dans leur intérêt personnel en l’utilisant pour nous bombarder de publicités qui nous incitent à consommer de plus en plus et nous poussent vers les excès en nous présentant constamment des modèles inatteignables. Tiraillés entre la vanité et la dévalorisation en se faisant dire sans cesse ce que nous devrions être et ce que nous ne devons pas être, il devient presque impossible de savoir qui nous sommes vraiment. Nous nous isolons des autres et de nous-mêmes en nous réfugiant lâchement dans les mondes virtuels des jeux vidéos et dans les fausses réalités des films.

L’effervescence autour de l’utilisation des sciences représente également un danger redoutable pour les communautés. En effet, toujours en vouloir plus le plus rapidement possible sans d’abord consolider ce qui vient d’être découvert ou obtenu crée un cercle vicieux extrêmement malsain pour les humains et la planète. Si on prenait plus de temps pour s’assurer que les ressources et les nouvelles technologies développées sont équitablement accessibles pour tous et qu’elles oeuvrent sans avoir des effets trop nocifs pour l’environnement, les inégalités saisissantes dont nous sommes actuellement témoins seraient considérablement diminuées et il y aurait beaucoup moins d’impacts écologiques aussi désastreux.

Comme des cellules cancéreuses qui ne cessent de se décupler avant d’avoir atteint la configuration qui leur permettrait de jouer le bon rôle dans leur tissu, la mauvaise utilisation des sciences rend les hommes envahissants et autodestructeurs. Afin de décrire le comportement humain actuel, il faut redoubler de préfixes qui mettent en lumière l’abus scientifique dégradant que nous sommes en train de faire en étant obnubilés par le progrès et grisés par la vitesse. Surexploitation, surproduction, surconsommation, surcharge sont tous des termes qui illustrent le suicide collectif que nous avons enclenché.

Néanmoins, bien que les sciences soient bel et bien dangereuses, les renier n’est pas la meilleure attitude à adopter. Arrêter de valoriser les sciences et retourner à un état complètement naturel est non seulement irréalisable, mais tout aussi extrême et excessif que l’utilisation actuelle des sciences. Nous devons viser le juste milieu en ayant recours aux sciences raisonnablement. Je continue de croire que les sciences sont des outils et que le problème réside dans la façon dont nous nous en servons. Après tout, si une personne tue quelqu’un avec un fusil, allons-nous blâmer l’arme ou la personne qui a appuyé sur la détente ?

Le savoir et les sciences sont neutres. Une même notion peut nous permettre d’accomplir des miracles qui bénéficient aux êtres humains comme elle peut causer des horreurs inimaginables. L’Histoire nous l’a prouvé avec la physique nucléaire, qui a permis d’inventer l’arme la plus destructrice du vécu de l’homme, la bombe atomique, et de concevoir l’imagerie par résonance magnétique qui permet de repérer une maladie à temps pour la traiter, sans quoi elle serait fatale. De la même façon, la synthèse de l’ammoniac découverte par Fritz Haber peut autant servir à fabriquer des armes chimiques meurtrières utilisées pendant la Première Guerre qu’à sauver la population mondiale de la famine en fournissant encore aujourd’hui des engrais azotés bon marché.

Nous avons la mauvaise habitude d’écouter les sciences à la dernière minute, seulement quand nous en avons envie, et quand cela ne nous demande pas de trop grands sacrifices. Le réchauffement climatique ainsi que les pandémies comme nous en subissons actuellement sont scientifiquement prévisibles et il ne tient qu’à nous de les empêcher. Il suffit de bien utiliser le puissant outil que nous avons entre les mains dans le respect de chacun et de notre planète sans sous-estimer les dangers pour avoir la conscience tranquille.

Ainsi, la meilleure solution n’est pas de fuir nos erreurs, mais de mieux éduquer en présentant franchement chacun des enjeux afin d’être conscient du problème afin de trouver un certain équilibre. Ce n’est pas en se faisant aveugler par le progrès ni en démonisant les sciences que nous allons avancer : il s’agit d’apprendre comment bien les utiliser. Bref, comme le disait Nelson Mandela : « L’éducation est l’arme la plus puissante pour changer le monde. »

Derrière l'absolutisme des sciences

Léana Dupuis