OPINION
23 mai 2020

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Pour certaines personnes, la question : « Qu’est-ce que je porte aujourd’hui ? » est presque existentielle, alors que d’autres ne font que prendre le premier gilet sur leur amas de linge qu’ils agencent avec leur paire de jeans préférée. Nous accordons à l’habillement une importance différente selon nos conditions de vie, notre personnalité et nos intérêts. Cela peut être considéré comme une manière de se définir, de s’exprimer ou un moyen de montrer son appartenance à un groupe. En ce temps de pandémie, j’ai décidé de faire un petit ménage de ma garde-robe et j’ai réalisé que j’avais beaucoup trop de vêtements. D’ailleurs, plusieurs personnes avouent utiliser seulement entre le tiers et le cinquième de leurs vêtements selon quelques sondages. J’ai alors commencé mes recherches sur l’impact environnemental de la confection des habillements et la surconsommation liée à l’industrie textile.

L'IMPACT ENVIRONNEMENTAL
Tout d’abord, il est important de mentionner que l’industrie textile est la deuxième plus polluante dans le monde en concurrence avec le pétrole, qui occupe de toute évidence la première place. De plus, si nous additionnons la quantité de CO2 émis par les transports maritimes et aériens dans une année, l’industrie textile, étonnamment, les surpasse du haut de ses 1,2 milliard de tonnes de CO2 produits annuellement en moyenne. Cela s’explique en raison du long processus que subissent nos vêtements avant d’atterrir dans notre garde-robe. En effet, plusieurs étapes sont nécessaires à la confection d’une seule pièce de vêtement tels la cueillette, la séparation, le nettoyage, l’extrusion, la filature, la coloration, la construction en étoffe, la finition, la coupe, l’assemblage, l’emballage et le transport. D’une part, l’eau et l’écosystème aquatique ne sont pas épargnés. Quatre pourcents de la quantité d’eau potable est utilisée pour le secteur textile, alors que plusieurs personnes n’y ont même pas accès. D’autre part, plusieurs produits chimiques comme les colorants et les pesticides sont déversés dans la nature et pourrissent l’existence des locaux. L’espérance de vie dans ces endroits s’abaisse à 40 ans. En résumé, un seul t-shirt de coton parcourt 40 000 km, nécessite 3500 L d’eau et a une empreinte carbone de 10 kg. Ce sont toutefois 2 milliards de ces t-shirts sont vendus annuellement à travers le monde entier.

LA SURCONSOMMATION
Dans une société de surconsommation, il n’est pas surprenant que le phénomène de « fast fashion » fasse son apparition. Ce concept, en gros, se définit par le fait qu’une entreprise produise des vêtements à la mode en abondance de qualité négligeable. Ils se détériorent donc rapidement de manière à ce qu’ensuite, le client en achète d’autres. Tout ce processus est à faible coût. Le « fast fashion » est arrivé en même temps que la mondialisation. En effet, les usines pouvaient désormais être construites à travers le monde comme c’est le cas en Chine, en Inde, au Pakistan et au Bangladesh. Les prix étaient beaucoup plus avantageux pour les entreprises étant donné que plusieurs travailleurs acceptaient de travailler à de maigres salaires tout en fabriquant à court terme d’énormes quantités. Malheureusement, les lois ne sont pas les mêmes partout et le code éthique n’est pas souvent respecté.

Les compagnies ne font qu’attendre les nouvelles tendances. Elles changent à toute vitesse, étant donné que la mode est éphémère. Les gens sont extrêmement influencés par celle-ci et sont portés à la suivre. Cela les mène à faire une multitude d’achats, car la manière de s’habiller est extrêmement valorisée dans notre société. En effet, en 2016, 107 milliards de morceaux de vêtements ont été vendus, ce qui représente une augmentation de 500 % en comparaison à une vingtaine d’années auparavant. Il faut se rappeler que si certains morceaux sont achetés, d’autres sont délaissés. La fondation Ellen MacArthur affirme que, chaque seconde, environ 2 625 kilos de vêtements sont jetés ou brûlés.

C’est évident qu’il demeure impossible d’avoir un mode de vie parfait. Cependant, quelques alternatives faciles peuvent être employées au quotidien pour aider. Par exemple, nous pouvons nous procurer des vêtements seulement lorsque nous en avons réellement besoin, nous informer avant d’acheter dans un magasin et prioriser les achats locaux. Il est également envisageable de faire des échanges entre amis. De plus, si vous n’aimez plus un vêtement, vous pouvez le modifier ou aller le porter dans une friperie. Heureusement, il est essentiel de souligner que quelques marques ont commencé à prendre des alternatives plus écoresponsables et éthiques étant donné que les petits pas ne sont pas toujours suffisants. Au final, selon moi, l’important est de rester informé et de faire des choix conscients. Nous pouvons mettre des efforts, à notre rythme, et faire au meilleur de nos capacités.

L’industrie textile est démodée

Laurence Picard

Références

Bihaki, A. “Industrie vestimentaire et environnement”. Gerbeaud. Consulté le 9 mai 2020. https://www.gerbeaud.com/nature-environnement/industrie-textile-impacts-environnement,1451.html.
“Produits de textile et d’habillement”, Recyc-Québec, 1, https://www.recyc-quebec.gouv.qc.ca/sites/default/files/documents/Fiche-info-textile.pdf.
Cipriani, Jean-Philippe. “Qu’est-ce qui cloche dans nos vêtements ?”. L’actualité. Consulté le 9 mai 2020. https://lactualite.com/societe/quest-ce-qui-cloche-dans-nos-vetements/.