OPINION
25 décembre 2020

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Le français est en déclin au Québec. Selon Statistiques Canada, la proportion de francophones au Québec pourrait tomber à 69% en 2036, alors qu’elle était à 78,9% en 2011. Le gouvernement fédéral et le gouvernement provincial disent être au courant de la situation et promettent d’agir en conséquence. Mais qu’en est-il vraiment ?

Selon une enquête récente de l’Office québécois de la langue française (OQLF), 40% des employeurs exigent l’anglais au Québec, 63% sur l’Île de à Montréal. La principale raison énoncée est celle de pouvoir parler l’anglais à l’intérieur de l’entreprise. Dans près du tiers des établissements qui l’exigent, cette compétence n’est pas indispensable. Rappelons que la seule langue officielle du Québec est le français et que la loi 101 stipule et qu’« il est interdit à un employeur d'exiger pour l'accès à un emploi ou à un poste la connaissance ou un niveau de connaissance spécifique d'une langue autre que la langue officielle, à moins que l'accomplissement de la tâche ne nécessite une telle connaissance. » Assurément, nous avons été très peu rigoureux avec cette loi...

La CAQ a réitéré maintes fois ses préoccupations par rapport à la situation du français au Québec. Une réforme de la loi 101 est vaguement prévue. Ces derniers temps, Simon Jolin-Barrette, ministre responsable de la langue française au Québec, convoque continuellement les médias pour annoncer que des mesures seront annoncées. Ce que j’en retiens, c’est que cela fait plus de deux ans que ce parti, qui se dit nationaliste, est majoritaire et qu’aucune mesure substantielle n’a été adoptée en ce sens.

Au contraire, dans le projet de loi 66 — le projet de loi de la CAQ adopté pour la relance économique suite à l’échec du projet de loi 61 —, le parti proposait des investissements supplémentaires pour l’Université McGill et le Collège Dawson s’élevant à 750 millions de dollars. Il s’agit de deux institutions se portant très bien, surtout lorsqu’on compare avec les 47 autres collèges publics qui n’ont pas ce financement. Voyant que le préuniversitaire francophone risque de devenir minoritaire d’ici l’année prochaine à Montréal, ce gouvernement « nationaliste » accélère lui-même l’anglicisation…

De son côté, le gouvernement fédéral du Parti libéral du Canada dit également être conscient de la problématique et vouloir agir en ce sens. Alors que les libéraux proposent de réformer la Loi sur les langues officielles pour cibler les entreprises à juridiction fédérale, le gouvernement du Québec souhaite appliquer une loi 101 réformée. Cette question est actuellement source de discorde entre les deux gouvernements.

D’où vient cet intérêt spontané des libéraux pour la protection de la langue française ? Cette formation politique a eu de très nombreuses opportunités de faire la promotion du français, qui ont été marquées par son opposition. Les libéraux ont-ils changé leur fusil d’épaule à cause d’une volonté honnête de changer la situation ? J’en doute sincèrement. Depuis le succès du Bloc québécois sur la scène fédérale, il semble que les autres partis observent les gains à faire au Québec en proposant des idées dans l’intérêt de cette province. On note également une volonté de l’Assemblée nationale du Québec, des grandes centrales syndicales et des villes à renforcer le français, ce qui aura certainement fait pression à Ottawa. Je pense que si le Liberal party of Canada dit vouloir se porter à la défense du français, c’est avant tout pour des raisons qui lui sont stratégiquement favorables, étant donné que l’enjeu n’est pas du tout nouveau et que cela n’a jamais réellement préoccupé cette formation politique.

Depuis les 50 dernières années, les gouvernements fédéraux (libéraux et conservateurs) financent même des programmes d’enseignement en anglais au Québec par l’Entente Canada-Québec, qui vise à soutenir l’enseignement dans la « langue de la minorité ». Outre le fait que l’anglais soit largement majoritaire au Canada, considérant que cette entente finance des millions de dollars à des collèges tels que St. Lawrence, qui est composé d’approximativement 86% d’étudiants dont la langue maternelle est le français, et finance également la création de programmes anglophones dans des cégeps francophones, ce financement sert-il vraiment à accommoder une minorité ou globalement à angliciser le Québec ?

Selon moi, les propositions du parti libéral en la matière seront bien timides… Il s’agit d’une vieille stratégie pour calmer les tensions. Je suis davantage inquiet que les mesures proposées soient insuffisantes pour pallier la situation, mais suffisantes pour affaiblir les agitations du nationalisme québécois, esquiver et remettre à plus tard l’enjeu réel, comme les gouvernements fédéraux en ont historiquement l’habitude.

En somme, nous avons devant nous deux gouvernements qui improvisent. D’un côté, un gouvernement qui n’est nationaliste que de nom et, de l’autre côté, un gouvernement d’un parti dont l’ADN est opposé à l’affirmation de l’identité québécoise, qui n’agit vraisemblablement pas par une réelle volonté. Pour ma part, j’ai peu de difficulté à croire que Lord Durham aura somme toute réussi son pari presque 200 ans après sa mort...

L'entourloupe des nationalistes de façade

Victor Dubuc