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11 septembre 2020

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En septembre, le Québec sort de sa tanière et se réveille lentement de ses longs mois d’isolement. Bien que certains ont repris le rythme de la vie plus rapidement que d’autres, il est clair que les rues étrangement vides du printemps dernier viendront marquer l’imaginaire de nous tous. Malgré le caractère indubitablement unique de notre situation actuelle, l’isolement est, depuis toujours, un thème qui fascine les artistes partout à travers le monde. Sans même le chercher, on trouve le sentiment familier de la quarantaine un peu partout, de la littérature au cinéma, en passant par les jeux vidéos.

LA PARANOÏA DANS LA LITTÉRATURE
Avec son premier roman Le Plan, Catherine D’Anjou atteint en 2016 le rang des finalistes du grand prix littéraire Archambault. C’est avec audace qu’elle transporte son lecteur dans la tête de Baptiste, un personnage vivant dans un état de paranoïa et de suspicion constant. Surtout, ne jamais faire confiance à personne. Isolé dans son appartement sur la rue Cartier à Québec, il nous entraîne dans sa routine et redessine la vie quotidienne avec une touche d’angoisse et de mystère. Pour les lecteurs qui recherchent un roman unique et expérimental, Le Plan est définitivement à mettre sur votre liste.

LE COMBAT SOLITAIRE DANS LES JEUX VIDÉO
Accueilli chaleureusement par les critiques dès sa sortie, le dernier jeu vidéo du producteur Hideo Kojima plonge le joueur dans un univers post-apocalyptique où les citoyens d’une Amérique défigurée sont forcés à se confiner dans des communautés isolées, parvenant difficilement à maintenir contact entre elles. Le seul espoir de rebâtir une société unie repose dans les mains des livreurs qui parcourent d’énormes distances à travers des paysages naturels d’une beauté à couper le souffle.

Avec sa trame sonore émouvante et son univers narratif étrange et mystérieux, Death Stranding a également une approche quelque peu inhabituelle à sa fonction multijoueur. Malgré le fait qu’il est jouable en ligne, il est impossible de rencontrer d’autres joueurs; l’aspect social repose surtout sur des traces laissées par ces derniers, comme des infrastructures ou des messages d’encouragement. Bien que ce jeu ait été mis sur le marché en 2019, le concept d’une communauté solidaire malgré son isolement éveille vite un sentiment de familiarité chez le joueur de 2020.

LE SILENCE ET LA BANALITÉ DANS LES ARTS VISUELS
Plus de cent ans après leur réalisation, les œuvres du peintre danois Vilhelm Hammershoi prennent une allure différente pour ceux et celles ayant pleinement vécu le confinement. Ses œuvres représentant les pièces tranquilles et dénudées d’un appartement de l’époque sont rarement habitées. Si toutefois elles le sont, l’unique personnage est habituellement représenté de dos, perdu dans ses pensées. Cette vision répétée, bien que considérée comme paisible par certains, peut prendre pour d’autres une allure lugubre et énigmatique.

LA SOLITUDE DANS LE CINÉMA D'HORREUR
Le film d’horreur culte Kairo (2001), quoiqu’ayant été réalisé suite à une importante crise de santé mentale au Japon à la fin du vingtième siècle, demeure encore une œuvre pertinente en raison de sa façon d’illustrer la solitude à l’ère du numérique. C’est avec son ambiance glaciale et son rythme lent et audacieux que Kairo parvient toujours à captiver l’attention des amateurs d’horreur psychologique. Non, le réalisateur Kiyoshi Kurosawa ne bâtit pas ce sentiment de peur sur un vilain typique de film d’horreur, sur des effets spéciaux choquants ou sur le sursaut suscité chez le spectateur; ses sujets sont humains et réalistes, et celui qui les regarde peut s’y reconnaître.

La « banalité » et le manque de traits distinctifs des personnages, critiqués par certains, contribuent au sentiment de solitude éveillée chez le spectateur, puisqu’ils créent une sorte de séparation entre ce dernier et les sujets du film. Même si l’isolation représentée n’est pas physique, la critique de la superficialité des contacts humains à travers l’informatique s’applique parfaitement à la situation actuelle. Kairo est un trésor du cinéma japonais à ne jamais écouter seul !

L'isolement dans l'art pré-apocalyptique

Marianne Saillant-Sylvain

Références

Peinture de Vilhelm Hammershoi