OPINION
21 octobre 2020

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La culture des diètes affirme qu’il y a une relation directe entre la santé, la valeur d’une personne et son apparence physique. Vous l’aurez deviné, la perte de poids est alors excessivement valorisée, peu importe les moyens employées pour y arriver. Une panoplie de diètes et régimes garantissant un corps mince et parfait s’offre à nous, mais est-ce que ceux-ci sont réellement sains et fonctionnels ?

Dans les années 1950, la société québécoise est passée d’une communauté contrôlée par l’Église suivant des règles et un chemin précis à une société individualiste, libre et en mesure de se déterminer elle-même. Le peuple québécois doit reconstruire son identité, sans contraintes, en parallèle avec le développement des villes. Alors, «  le corps est en avant-plan et devient le reflet de l’identité d’un individu.  »¹ Les standards de beauté ont dès lors fait leur apparition pour rester. La pression sociale d’un idéal de beauté et de minceur est désormais exercée par les groupes d’appartenances ainsi que par les médias. Ce phénomène s’avère dangereux et peut avoir des répercussions importantes sur la santé.

Selon la nutritionniste Karine Gravel, les diètes amaigrissantes fonctionnent selon un cercle vicieux constitué de 5 étapes. Il y a d’abord le désir de perdre du poids. En effet, les résultats d’un sondage mené auprès de 1000 Québécois rapportent que 62 % des femmes de poids normal tentaient de contrôler ou de perdre du poids, comparativement à 44 % des hommes de la même catégorie de poids.² Dans la société de performance dans laquelle nous vivons, une personne avec un corps mince peut sembler plus en contrôle et plus structurée qu’une personne grosse. Cela engendre des généralisations ainsi que des préjugés qui peuvent conduire une personne marginalisée à développer ultérieurement des troubles alimentaires et/ou psychologiques souvent sévères, et le poids peut vite devenir une obsession. Dans un premier temps, ces diètes comportant d’innombrables restrictions engendreront une perte de poids très rapide. Il ne faut pas nier ses effets bénéfiques à court terme sur la santé ainsi que sur l’estime de soi. Néanmoins, étant donné que le corps ne peut pas tolérer longtemps toutes ses privations, il envoie des signaux d’alerte et des rages alimentaires feront surface, provoquant par conséquent un sentiment de culpabilité et d’incompétence. Finalement, à la suite d’une perte de contrôle survient la reprise du poids. D’ailleurs, des résultats d’études ont montré que 86 à 94 % des personnes ayant engagé une diète amaigrissante ont repris le poids perdu, deux ans ou plus après la fin de la diète.³ Bref, l’industrie des diètes fait énormément de profit en se basant sur les complexes de la société. Au final, la plupart du temps, elles occasionnent une prise de poids en laissant des dommages psychologiques, en plus de laisser l’estime de soi encore plus basse qu’elle ne l’était au départ.

Plusieurs nutritionnistes prônent alors une alternative aux régimes restrictifs : l’alimentation intuitive, une approche judicieuse et maintenable à long terme. Elle permet d’abord de libérer son esprit. En effet, la majorité des diètes amaigrissantes obligent ses adeptes à calculer leurs calories ingérées, ce qui est compliqué et surtout, obsédant. L’alimentation intuitive invite plutôt à prendre conscience de sa faim et du sentiment de rassasiement seulement. Donc, les gens prennent plus de plaisir à manger et entretiennent une relation plus saine avec la nourriture étant donné qu’il y a moins de privation, et donc de sentiment de culpabilité. Ce changement de perspective entraîne une modification positive des comportements et du mode de vie. Finalement, cette approche prône le respect et l’harmonie du corps. Bref, non seulement la santé physique est déterminante pour cette approche, mais la santé mentale n’est certainement pas négligée et est aussi mise au premier plan des préoccupations.

Selon moi, tout réside dans une question d’équilibre et de respect de soi. Nous possédons un corps qui a besoin d’énergie et nous devons en prendre soin dans la mesure de nos capacités sans être trop exigeant·e·s envers nous-mêmes. N’hésitez pas à consulter des spécialistes au besoin, ils·elles sont présent·e·s pour vous accompagner.

Les dessous des diètes amincissantes

Laurence Picard

Références

1. Audrey Bélanger, « LE CORPS STANDARDISE : La minceur et l'influence de l'environnement social sur les stratégies de perte de poids chez les adolescentes », Université Laval, 8, https://corpus.ulaval.ca/jspui/handle/20.500.11794/18911.
2. Karine Gravel, « Le cercle vicieux des diètes amaigrissantes », Karine Gravel, consulté le 10 octobre, https://www.karinegravel.com/2014/11/15/le-cercle-vicieux-des-dietes-amaigrissantes/.
3. Ibid.

Bélanger, Audrey. « LE CORPS STANDARDISE : La minceur et l'influence de l'environnement social sur les stratégies de perte de poids chez les adolescentes ». Université Laval. https://corpus.ulaval.ca/jspui/handle/20.500.11794/18911.
Gravel, Karine. « Cinq choses à savoir concernant l’alimentation intuitive ». Karine Gravel.Consulté le 10 octobre. https://www.karinegravel.com/2020/01/08/cinq-choses-a-savoir-concernant-lalimentation-intuitive/.
Gravel, Karine. « Le cercle vicieux des diètes amaigrissantes ». Karine Gravel. Consulté le 10 octobre.https://www.karinegravel.com/2014/11/15/le-cercle-vicieux-des-dietes-amaigrissantes/.
Vinette, Sophie. « Image corporelle et minceur : à la poursuite d’un idéal élusif ». Érudit. Consulté le 10 octobre. https://www-erudit-org.ezproxy.cegep-ste-foy.qc.ca/fr/revues/ref/2001-v7-n1-ref1763/026340ar/.

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