OPINION
23 octobre 2020

43036.jpg

Voyant la parution récente de chefs-d’œuvre de l’horreur comme Hereditary, The Lighthouse ou Get Out, il est de plus en plus difficile d’ignorer le traitement de ce genre cinématographique au sein de l’industrie du film. Cependant, la faible appréciation que reçoivent les films d’horreur de qualité n’est pas un phénomène nouveau. Depuis ses tout débuts, l’horreur est le mouton noir d’Hollywood, le fils indigne du cinéma.

Malgré le fait que les oeuvres de ce genre rapportent un large profit à l’industrie chaque année, le terme « horreur » est rarement associé avec qualité et ses mentions dans des événements académiques populaires comme les Oscars sont rares, voire complètement inexistantes. Le cas d’Alfred Hitchcock qui, malgré son talent universellement reconnu, ne remportera son premier Oscar qu’après sa mort en est un exemple flagrant. Le film culte Rosemary’s Baby par Roman Polanski sera ensuite le seul film d’horreur nominé au Academy Awards pour le demi-siècle suivant la victoire d’Hitchcock.

L’appréciation tant attendue du véritable classique gothique qu’est Rosemary’s Baby nous mène alors à un phénomène étrange, s’inscrivant lui aussi dans l’aliénation de l’épouvante : la perte du titre de film d’horreur. À ce jour, les rares films d’horreur qui parviennent à charmer le public général et les critiques doivent passer par un rituel particulier. Ils doivent être camouflés, présentés sous un angle différent afin d’attirer les foules. En sortant du cinéma, on entend souvent « oui, c’était bon, mais ce n’était pas vraiment un film d’horreur. »

Lors de sa publication en 1968, Rosemary’s Baby a été désigné par le journal Los Angeles Times comme étant « trop bien fait pour être un film d’horreur. » En 2017, après la sortie de son film Annabelle : Creation, le réalisateur a exprimé sa frustration face au traitement des films d’horreur. « Comment appelles-tu ce genre ? » lui aurait demandé un collègue. « Parce que ce n’est pas de l’horreur. C’est mieux que de l’horreur, non ? »

Le stéréotype selon lequel l’horreur doit nous garder éveillés la nuit pour mériter son titre est sans doute l’une des causes derrière ce phénomène, mais le grand public a souvent tendance à ignorer une seconde idée erronée encore plus répandue. Pour plusieurs, ce genre cinématographique, malgré la complexité d’un bon nombre de ses oeuvres, devrait se contenter de faire peur. L’horreur véritable ne critiquerait donc pas, il ne porterait pas d’histoire, pas de message. Pourtant, les genres ont toujours eu tendance à se mélanger. Personne n’a de difficulté à imaginer une comédie romantique, mais un film d’horreur qui est aussi un drame, là, ça se complique. Les médias se permettent alors de l’étiqueter différemment comme dans le cas de l’Exorciste et du Silence des agneaux, qui ont tous deux été initialement présentés par des critiques comme des thrillers policiers.

Bien évidemment, il faut admettre qu’une telle réputation est justifiée dans plusieurs cas. Après avoir observé que l’horreur est rejetée par son public, il faut aussi reconnaître qu’elle est parfois sabotée par ses propres créateurs. Étant donné que ces films ont généralement un petit budget et attirent les amateurs de sensations fortes en grand nombre, l’industrie de l’horreur prend des allures de machine à argent facile pour les producteurs cherchant à avoir une part du gâteau. Les films de basse qualité se vendent comme des petits pains chauds et, produits en grande quantité, parviennent trop souvent à étouffer les oeuvres créées par de véritables amoureux du genre.

Le sort de l’industrie de l’épouvante semble bien triste. Ce type de films allant si souvent contre les normes sociétales de son époque et explorant les sujets tabou et venant cherchent l’émotion la plus primitive de son spectateur est traité avec bien peu de respect. Malgré tout, la vérité est que le public a toujours été attiré par ces films, qu’il l’assume ou non. Aujourd’hui, certains croient assister à la renaissance de l’horreur avec des créateurs comme Ari Aster, Robert Eggers et Jordan Peel qui charment les critiques et les foules avec leur talent et, espérons-le, pavent le chemin pour plusieurs autres artistes. Cet Halloween, à l’abri dans votre maison, aurez-vous le courage d’y jeter un coup d’oeil ?

Les monstres aux Oscars

Marianne Saillant-Sylvain

Références

Illustration de Marianne Saillant-Sylvain

@vert.arsenic