OPINION
16 avril 2020

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Ma fierté marche dans les souliers de Félix au jardin de givre d’Émile. Les mots qui façonnent leurs vers sont ceux que nous partageons tous et ceux qui nourrissent cette fierté. En 1974, le français devient la langue officielle du Québec. Trois ans plus tard, le gouvernement de René Lévesque adopte la Charte de la langue française avec comme objectif d’en faire la langue commune du peuple québécois. Peut-on dire mission accomplie ?

Le Québec d’aujourd’hui est riche en diversité linguistique. Selon un rapport sur le portrait démolinguistique publié par le gouvernement du Québec, en 2016, 77% des Québécois·e ont le français comme langue maternelle, 7,7% l’anglais et 13,3% une langue tierce. C’est sur l’Île de Montréal que la situation linguistique est la plus diversifiée avec 49,5% de locuteurs ayant le français comme langue maternelle, 23,0% l’anglais et 18,6% une langue tierce.  

Une langue commune est vitale au bien vivre ensemble. Malheureusement, l’anglais reste encore la langue à laquelle plusieurs ont recours. Une marche dans les rues de la métropole fait rapidement prendre conscience de l’ampleur de la problématique. 

Langue de prestige, de la mondialisation et surtout celle de nos voisins, l’anglais est souvent associé à la réussite et n’a donc pas besoin de publicité pour gagner en popularité chez nous. Avec son enseignement comme langue seconde, il reste omniprésent dans notre société malgré la minorité anglophone. 

La conservation du français comme langue commune est un enjeu qui concerne grandement les jeunes. Le monde en accéléré dans lequel nous évoluons augmente la présence de l’anglais dans nos quotidiens en plus d’en renforcer le statut. Nos idoles viennent d’ailleurs, nous consommons la culture d’autrui et nous nous y identifions. L’anglais est un atout indéniablement utile dans un monde de plus en plus américain, mais en aucun cas ne devrions-nous en faire plus qu’un simple outil.  

C’est l’attitude oisive que plusieurs adoptent face à la problématique qui reste le plus déplorable. C’est entre autres le manque de fierté des locuteurs qui met une langue en péril. En favorisant l’apprentissage d’une langue à caractère dominant chez leurs enfants afin de leur éviter la même honte, non-seulement le transmettent-ils en associant leur langue maternelle à la faiblesse, ils contribuent à l’extinction de leur patrimoine.  

Chez nous, cette honte se traduit surtout par un mécanisme de ridiculisation de quiconque se soulevant à la défense du français. J’en entend déjà certains m’appeler séparatiste ou dire que ma fierté n’est qu’un refus d’ouverture sur le monde. Ces mêmes commentaires ne font qu’agrandir le sentiment de culpabilité nourrissant l’indifférence des Québécois·e. À ce sentiment déjà omniprésent s’ajoute en plus une peur d’offusquer les minorités se faisant ressentir jusqu’au gouvernement et qui empêche de véritables mesures d’être adoptées.  

Évidemment, conserver le français ne veut pas dire brimer les droits des anglophones, des allophones et des autochtones pour qui la situation linguistique plus que précaire pourrait être le sujet d’un tout autre texte. La diversité culturelle et linguistique du Québec est un de ses plus beaux atouts et ce qui en fait un endroit accueillant pour tous. La santé linguistique québécoise dépend de l’épanouissement de chacun dans sa langue maternelle.  

Toutefois, le gouvernement doit mettre en place des mesures plus strictes pour faire du français la véritable langue commune au Québec. La politique de francisation obligatoire des immigrants du gouvernement Legault est un exemple de progrès récent, mais c’est toujours très prudemment qu’agit le Premier Ministre.  

Dans les mots d’Émile Bilodeau, « s’excuser de vivre en français c’est comme demander j’peux-tu respirer là s’il-vous-plaît? » Soyez fiers! Soyez fiers puisque c’est votre fierté qui porte le pouvoir de faire un véritable changement.

Situation du français au Québec, une histoire de fierté

Micha Globensky

Références

Illustration par Louise Plantin