LETTRE OUVERTE
2 octobre 2020

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Ensanglanté est le passé de l’homme et parsemé de guerre a été son chemin. Se battant pour ses causes, l’homme s’est rendu trop loin. Celui-ci, désormais amélioré par erreur du passé, a laissé place à un tout nouveau combat; lutte moins meurtrière, mais tout aussi réelle. Une bagarre non pas les uns contre les autres, mais contre soi-même. Dans un monde où le champ de bataille de plusieurs se retrouvent à être leur propre tête, où la solitude nous guette et l’obscurité nous étouffe, nous nous devons de nous lever et de nous exprimer. Bien des aspects de ce monde auraient dû être traités et ce, bien avant qu’on essaie désespérément de bâtir sur les décombres que nous lèguent nos ancêtres. Plutôt insipide perdure la vie, mais comment s’enfuir de ce gouffre d’obscurité qu’on s’impose ? On se sent pris au piège dans une société fade, se cherchant, et on se cherche sans cesse. On essaie de se comprendre, mais cette quête, nous l’avons créée. Cette société dont on fait partie, nous détruit présentement, mais pourrait nous construire également. Pour comprendre qui nous sommes en tant qu’être humain, il faut accepter de se voir tel que nous sommes et ce, en s’abstenant de penser à tous ces commentaires qu’on a reçus tout au cours de notre vécu, en oubliant les expériences personnelles, la pression sociale qui vient affecter négativement tant de sphères… Bref c’est impossible, on ne peut se comprendre réellement, l’être humain est en constante évolution. C’est pourquoi on doit procéder par acceptation si on veut un jour connaître la paix. Pas facile quand la race humaine que nous sommes se trouve à être éternellement insatisfaite, car plus on vit en population, plus une norme se place. Mais la norme, c’est quoi ? Il faut cesser de grandir voulant ressembler à telle ou telle célébrité et commencer à vouloir grandir en ayant l’idée d’être soi-même, d’être unique. La totalité des êtres vivants est différente, pourquoi en avoir honte? Car, bien au fond, nous possédons tous une couleur qui nous est propre, une couleur unique qui parfois est plus flamboyante que d’autres. On devrait être fier, hisser, déployer ces couleurs avec gloire et confiance, ne pas laisser cette société dire que telle ou telle couleur est anormale, ne pas la laisser noircir nos couleurs. Si quelqu’un ne voit pas la splendeur de ta couleur, c’est que vos deux couleurs ne sont pas pas assorties, mais un jour, elle te verra, de loin, et tu resplendiras plus que jamais aux côtés de ceux qui te feront briller. Toute ta vie tu te feras dire que tel pigment n’a pas lieu d’être, que tu devrais avoir cette tonalité au lieu de celle-ci, que tu devrais ressembler plutôt à cela…

L’humanité est en train de perdre ses couleurs, les gens oublient ce qu’ils sont dans cette palette fade qu’est la société, et les couleurs, les couleurs s’estompent, disparaissent, certains en viennent à prendre une couleur qui ne leur appartient pas en se confondant, que ce soit à un groupe ou juste afin d’être acceptés. Les couleurs se mélangent, déteignant les unes sur les autres, et voilà qu’on ne se reconnaît plus, qu’on se regarde dans le miroir et qu’on ne voit qu’un mélange brunâtre On ne se voit plus, nous ne voyons qu’une trace du passé, trace que chacun nous a laissé. On ne voit plus l’individu à part entière que nous sommes, mais ce que la société a fait de nous, le restant de tant de sacrifices, d’atteintes à notre intégrité. Le message qu’envoie notre société est que nous ne sommes qu’une vulgaire palette de couleur devant le plus possible être semblable les unes aux autres, alors que ce qu’on est réellement, c’est un arc-en-ciel exponentiel, gagnant en beauté jour après jour.

Un arc-en-ciel d'humains

Rachel Langevin

Illustration de John Holcroft