OPINION
20 septembre 2020

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En 2004, selon l’enquête sociale générale, les femmes autochtones âgées de 15 ans et plus courent un risque 3,5 fois plus élevé que les autres femmes d’être victime de violences. Le mot « violence » ici a le dos large : agression sexuelle, homicide, harcèlement, intimidation et violence verbale, physique et/ou psychologique. Pourtant, la majorité de ces violences ne sont pratiquement pas adressées. Plusieurs facteurs expliquent ces statistiques troublantes et la raison pour laquelle elles ne sont pas aussi exposés qu’elle ne devrait l’être.

Avant la naissance d’une femme autochtone, il est possible de concevoir un portrait global de la vie à laquelle elle est prédisposée. Dès le premier regard posé sur elle, plusieurs personnes, sans même la connaître, la regarderont automatiquement comme une alcoolique, une prostituée ou une toxicomane. Le mot « automatiquement » est très important étant donné qu’une vaste majorité de la société a accumulé un ensemble de fausses croyances et de généralisations à leur sujet. Celles-ci provenant des influences que sont leur entourage et la société. Imaginez la lourdeur d’un tel regard sur vous. Les stéréotypes mentionnés plus haut sont à l’origine des préjugés. Ainsi, les gens auront des comportements inhabituels ou une manière d’interagir différente lors de leurs interactions avec les femmes autochtones. Il est crucial d’identifier ces comportements et de trouver l’origine de ses pensées. Chaque individu devrait faire une introspection et prendre le temps de s’éduquer davantage pour démystifier ces croyances afin de créer un changement social.

La différenciation sociale de la jeune femme aura un effet direct sur sa vie et créera des inégalités à cause de son identité et de son apparence sur laquelle elle n’a aucun pouvoir. Elle ne sera pas perçue inférieure exclusivement par une personne qu’elle croise dans la rue, mais par la majorité de la population dont les policiers et le système de justice. Effectivement, lorsqu’une femme autochtone subit de la violence psychologique, physique ou sexuelle, elle a moins de chance d’être prise au sérieux et, en général, le blâme revient sur elle. En addition, les femmes autochtones ont beaucoup plus de probabilité de se faire arrêter ou d’aller en prison, un endroit où leur traitement sera une fois de plus négligé par rapport aux autres. Un exemple flagrant du racisme systémique est la disparition de milliers de femmes autochtones au Canada qui passe pratiquement sous silence.

La femme autochtone subira également du sexisme. En effet, au moment où les jésuites sont arrivés dans le but de coloniser et d’évangéliser le territoire, ils ont imposé le rôle et leur vision de la féminité aux hommes qui n’avaient pas de sentiments de supériorité auparavant. Le phénomène d’ethnocentrisme est ici présent étant donné que les jésuites avaient la prétention de croire que leur modèle, leurs normes et leurs valeurs étaient meilleurs et qu’ils avaient le devoir de les infliger aux autres. Effectivement, dès leur première rencontre, les Européens se sont placés eux-mêmes en situation d’autorité créant ainsi des écarts. La femme n’était désormais qu’un objet sans droit de parole qui devait se soumettre.

J’aimerais terminer en rappelant à tous que oui, ses femmes sont des mères, des filles, des conjointes, des collègues de travail, des amies, mais elles sont avant tout des individus à part entière. Elles sont des femmes fortes, respectables, fières de leur culture riche et elles sont dignes de foncer dans la vie, la tête haute, comme n’importe quelle autre femme.

Une pluie d'injustices

Laurence Picard

Références

https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/missing-and-murdered-indigenous-women-and-girls-in-canada
Hamidi, Nawel et Kanapé Fontaine, Natasha (2018), « L’inexorable insurrection », Libération, no321