OPINION

16 mars 2021

Arrêtons d'haïr les films de filles

Béatrice Casgrain-Rodriguez

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Je me souviens de soirées pyjama avec mes amies en secondaire trois au cours desquelles on écoutait Titanic. Neuf filles dans mon sous-sol, la moitié sur le divan jaune et l’autre par terre en train de regarder Jack dire à Rose « don’t let go ». Les larmes qui coulent sur la moitié de nos visages. L’autre moitié qui n’arrête pas de dire à quel point c’est irréaliste et qu’il y a de la place pour deux sur la porte. Je me souviens d’avoir eu un petit débat cette soirée-là. D’un côté, les pleureuses (dont je faisais évidemment partie) qui tentaient de montrer aux autres à quel point la scène était triste et touchante, de l’autre côté les rieuses qui ne comprenaient pas vraiment l’intérêt d’écouter ce genre de film. « Les films de filles, c’est juste pas mon genre de films. »

Mais qu’est-ce qui définit un film de filles, autrement appelé chick flicks, et pourquoi ce genre de film semble-t-il particulièrement haï par une bonne partie de la population ?

En règle générale, les films de filles ont des protagonistes féminines et l’action principale est centrée autour d’une romance. Ils sont également perçus comme plus légers, sans profondeur et ayant des thèmes qui laissent souvent à désirer. Mais est-ce bien vrai ? N’est-ce pas plutôt un sexisme inhérent dans notre culture qui nous porte à nous désintéresser des « films de filles » en assumant qu’ils sont tous mauvais ? 

Un de mes films de passage vers l’âge adulte préféré est Clueless. Le film suit la riche adolescente Cher Horowitz dans ses dernières années du secondaire, alors qu’elle est en pleine quête identitaire. Malgré les dialogues intelligents et l’excellent jeu des acteurs, Clueless est considéré comme un film de filles et, de ce fait, souvent considéré comme vide de sens. Lorsque je le compare avec le film Dazed and Confused, qui est considéré comme un des classiques du genre coming-of-age, j’ai de la difficulté à voir pourquoi les deux films ne sont pas mis au même niveau. Après tout, les thèmes principaux se ressemblent : des adolescents vivant leurs derniers moments au secondaire qui tentent de découvrir qui ils sont réellement. Principale différence : l’un suit la vie de personnages majoritairement féminins, l’autre masculins. 

Et c’est là mon problème avec les gens qui trouvent les films de filles futiles. Car, en fait, un film de filles n’est pas vraiment un genre : ce n’est qu’une manière de catégoriser les longs-métrages ayant des femmes à leur tête. C’est une sorte de sexisme qui s’est immiscé dans notre manière de penser et dont on ne parle pratiquement pas. Certains pourraient alors dire que d’appeler un film de filles ainsi est sensé, puisque ce sont vraiment des films où on voit des filles ! Le problème en soi n’est pas réellement de les appeler des films de filles : c’est plutôt que nommé de la sorte, ils sont rarement perçus comme des œuvres marquantes dignes d’intérêt. L’appellation est alors utilisée de manière dégradante pour les décrédibiliser. 

Je mettrais en opposition aux chick flicks les films de superhéros : ceux-ci ont majoritairement des hommes comme personnages principaux, qui présentent parfois des traits stéréotypiques des hommes. Si ces films attirent souvent un public plutôt masculin, plusieurs filles apprécient également ces films et sont en mesure de les apprécier. Certes, ce n’est pas toujours la tasse de thé de tout le monde, mais je n’ai jamais entendu une fille dire : « Ouin, Spider-Man c’est un peu trop un film de gars pour moi, t’sais ça manque de sensibilité. » Même la critique adore les films de superhéros, ils apparaissent souvent aux Oscars et sont considérés comme des succès critiques et commerciaux.

Je comprends parfaitement que chaque personne ait ses propres goûts et que les films romantiques ne soient pas toujours appréciés par tous. Je crois toutefois que plusieurs personnes se ferment des portes en refusant d’écouter des films de filles pour la seule et bonne raison que ce sont des films de filles. Arrêtons de catégoriser des comédies, des comédies musicales, des romances, des drames, des films historiques ou même des thrillers, en les transformant simplement en chick flicks. Arrêtons de dévaloriser un film qui parle de relations amoureuses parce que la société a décidé que c’étaient des thèmes cul-cul que seules les petites filles naïves savent apprécier.