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4 mai

Confrères cégépiens, ne retournons pas en arrière !

Victor Dubuc

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Aux dernières nouvelles, 65% du réseau collégial anglophone au Québec est fréquenté par des étudiants francophones et allophones. Le nombre de places préuniversitaires en anglais est pratiquement égal à celui du réseau francophone sur l’île de Montréal et devrait le dépasser prochainement. Nous devons affirmer notre langue nationale par l’application de la loi 101 dans cette institution… qui est d’ailleurs une création de notre propre nation.

La question de l’anglicisation du niveau collégial présente deux dimensions principales. Comme l’explique Frédéric Lacroix dans son livre Pourquoi la loi 101 est un échec, il y a un problème quantitatif et qualitatif en lien avec cet enjeu. D’une part, les effectifs des cégeps anglophones sont en forte hausse par rapport à ceux des cégeps francophones, comme mentionné précédemment, et ne sont absolument pas représentatifs de la démographie réelle du Québec. D’autre part, il y a une prophétie autoréalisatrice favorisant la survalorisation du réseau anglophone. Les étudiants plus performants choisissent les cégeps anglophones pour le prestige de ces institutions et, inversement, le prestige des cégeps anglophones augmente au fur et à mesure que les étudiants plus performants les choisissent; puisque nous avons cru que le réseau anglophone était meilleur, alors il l’est devenu. C’est nous, étudiants des cégeps francophones, qui payons le prix de cette survalorisation du réseau collégial anglophone, au détriment du nôtre, en étudiant dans notre langue nationale qui est pourtant notre unique langue officielle.

Il va de soi que la solution du contingentement, que le gouvernement caquiste semble prioriser, ne peut pas résoudre le problème qualitatif de la question. Bien au contraire, les cégeps anglophones ne garderaient que les meilleurs étudiants, qui échapperaient toujours au réseau francophone, les rendant encore plus élitistes. Bien entendu, il faudrait avant tout que la CAQ refuse de financer, comme elle le fait en ce moment, l’agrandissement de 100 millions de dollars du Collège Dawson, qui est victime du succès de la ruée vers les cégeps anglophones,  et qu’elle arrive à présenter son projet de loi sur la langue française, qui a été reporté pour la septième fois. Somme toute, le gouvernement du Québec n’est pas seulement insuffisant en la matière, il est même contre-productif jusqu’à maintenant.

L’application de la loi 101 au cégep est la seule solution pour inverser la tendance de plus en plus prononcée chez les francophones et les allophones d’étudier en anglais. Dans les faits, les étudiants qui choisissent d’étudier en anglais au niveau postsecondaire ne le font sans doute pas pour l’apprendre. Il est très probable qu’ils maîtrisent préalablement cette langue. Cela contribue inévitablement à l’augmentation de l’anglais comme langue d’usage et langue du travail par après. 54% des francophones et 72% des allophones fréquentant un cégep anglophone prévoient travailler dans cette langue. 

Si nos institutions fréquentées par l’élite académique québécoise sont anglophones, alors l’élite québécoise sera de toute évidence de plus en plus anglophone, ce qui rappelle une vieille époque révolue… Du moins, l’anglicisation du réseau collégial signifie que la meilleure éducation sera de moins en moins accessible en français au Québec, et tout cela, par notre propre financement. 

En ne prenant pas d’actions ou en agissant insuffisamment, nous sommes contraints à nous approcher de plus en plus d’une dynamique d’un Québec pré-Révolution tranquille, dans lequel la langue anglaise domine la langue française dans leur rapport de force. Chers confrères cégépiens, nos grands-parents ont lutté pour que nous puissions être maîtres chez nous. Faisons honneur à ceux qui nous ont précédés et à ceux qui nous succèderont en conservant cet acquis fondamental qu’est une éducation de qualité dans notre langue nationale. Ne retournons pas en arrière !

Références

Bock-Côté, Mathieu. « La situation du français à Montréal : une catastrophe. Entretien avec Frédéric Lacroix ». Le Journal de Montréal, 26 janvier 2020. https://www.journaldemontreal.com/2020/01/26/la-situation-du-francais-a-montreal--une-catastrophe-entretien-avec-frederic-lacroix.

Boissonneault, Alex, et Hugo Lavallée. « Vers un contingentement des places dans les cégeps anglophones du Québec? » Radio-Canada.ca. Radio-Canada.ca, février 2021. https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1771617/contingentement-places-cegeps-anglophones-quebec-education.

Lacroix, Frédéric. Pourquoi la loi 101 est un échec. Les Éditions du Boréal. Montréal, 2020.

Lecavalier, Charles. « Paul St-Pierre Plamondon veut appliquer la loi 101 au CÉGEP ». Le Journal de Montréal, avril 2021. https://www.journaldequebec.com/2021/04/16/pspp-veut-appliquer-la-loi-101-au-cegep.

Venne, Jean-François. « Un réseau collégial de plus en plus anglophone ». Le Devoir, 21 mars 2020. https://www.ledevoir.com/societe/575207/education-un-reseau-collegial-de-plus-en-plus-anglophone.

Correction par Mariane Cantin.

Mise en page par Jaëlle Méroné.