CRITIQUE

21 juillet

DIEU

Daniel et Laurent Porter

Objet de la critique à lire au préalable

DIEU

Dieu parfait a créé un monde imparfait. Tout créateur doit être jugé selon sa création, comme l’ouvrier d’après son œuvre. Le créateur d’une chose imparfaite est nécessairement un créateur imparfait: le monde étant imparfait, Dieu, son créateur, est nécessairement imparfait, car le fait qu’il ait créé un monde imparfait ne peut s’expliquer que par son inintelligence, son impuissance, ou sa méchanceté. Certains vont dire que le monde est parfait, seulement qu’il l’est moins que Dieu. À cela, je dirais que, lorsqu’il s’agit de la perfection, on ne peut pas parler de plus ou moins; la perfection est complète, entière, absolue, ou bien elle est inexistante. Puisque le monde est moins parfait que Dieu, alors le monde est imparfait, d’où résulte que Dieu, créateur d’un monde imparfait, est imparfait Lui-même. Un Dieu ne peut pas être imparfait, donc Dieu n’existe pas.

 

Même si le monde était parfait, comment deux perfections pouvaient-elles exister en dehors l’une de l’autre? La perfection ne peut être qu’unique: elle ne permet pas de dualité, parce que dans la dualité, l’un limitant l’autre, le rend nécessairement imparfait. Donc si le monde a été parfait, il n’y a pas eu de Dieu ni au-dessus ni même en dehors de lui, le monde lui-même était Dieu. Comment le monde qui était parfait a-t-il fait pour déchoir? Jolie perfection que celle qui peut s’altérer ou se perdre! Et si l’on admet que la perfection peut déchoir, donc Dieu peut déchoir aussi!

DANIEL

Daniel, « DIEU », L’Éclosion, Vol. 3, No. 13, Semaine du 10 février 1975.

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Critique - Laurent Porter

 

Dieu est.

C’est le sujet de mon texte.

C’est pas plus compliqué que ça.

 

Avant d’entrer dans le vif du sujet, voici une remarque. À un moment, en écrivant, je me suis demandé: « Comment puis-je l’affirmer avec autant de certitude? Ne suis-je pas en train de bêler à répétition les valeurs chrétiennes catholiques que je possède depuis ma tendre enfance? »

J’écris ce texte en tant que chrétien, oui, mais aussi en tant qu’être humain normal. Bien entendu, la religion teinte ma vision des choses, mais je présente ici une démarche de compréhension logique, accessible et simple. C’est donc mon point de vue et non une bulle papale officielle.

Ce sujet travaille fondamentalement le monde et mène à des conclusions importantes. Il est donc possible pour le lectorat d’être quelque peu chambardé, mais n’ayez crainte, le tout se fait dans la joie.

 

Tôt ou tard, par quelque technicalité logique qu’il outrepasse grandement de toute façon, Dieu sera encore remis en question. On se plaindra de son monde injustement cruel, de notre condition d’opprimés, des valeurs que la Parole propage, de l’Église ou de ses représentants, de la chimère des gens qui se font croire en son existence… et, pourtant, on ne se plaint jamais de Dieu directement.

 

Monsieur Daniel (on n’a pas son nom de famille) posait en 1975 un problème bien concret. Dieu a créé un monde imparfait, soit. Cela ne signifie pas pour autant qu’Il soit imparfait: c’est Dieu. Il est parfait, mais pas notre monde.

 

Selon moi, il ne sert à rien d’en vouloir à Dieu de nous avoir accordé l’existence. Ce ressentiment ne nous conduit que dans un cul-de-sac inutile. Est-il normal de Lui en vouloir, par moments? Certes. Dans la vie, nous souffrons. Malgré tout, je n’ai que faire d’une vie sans apprentissage ni souffrance: elle serait ennuyeuse. 

 

Dieu n’est ni bête, ni impuissant, ni méchant non plus. Prétendre que Dieu est bête serait se tirer dans le pied et fermer les yeux sur les mille milliards de mille sabords d’années d’évolution de la vie sur la terre. Pour avoir créé tout ça, vous conviendrez qu’il faut nécessairement être un tantinet puissant. La méchanceté, elle? La Bible répète encore et encore que Dieu est amour, mais au-delà de la Bible, cela dépend d’une perception individuelle de l’existence. Si on la considère bien, la vie, on ne peut que remercier Dieu. Inversement, si on lui reproche notre existence, on en oublie tout le bien qu’on a vécu. Et si le Seigneur n’était pas vraiment le responsable de notre bonheur et que nous lui imputions le bien que nous avons nous-mêmes créé? Ce serait par là Le rendre uniquement responsable de nos malheurs en Le blâmant sans vergogne. Je crois que Dieu nous a permis de vivre pour le meilleur et pour le pire. Quoique nous puissions connaître des moments d’ombre, de peur, de déni ou de haine, je crois que c’est un prix à payer pour tout le bien qui nous entoure. En se laissant gagner par un flocon de neige, par des oiseaux, par de chaleureuses équipes de frisbee ou par la variété de ce que l’on ressent, on additionne beaucoup de joies et de gratitude. Dieu nous a permis de vivre tout en nous laissant beaucoup de marge de manœuvre pour forger nos existences. C’est un créateur davantage qu’un responsable, car Il nous invite à prendre les rênes de nos vies.

 

Une question demeure: pourquoi diantre Dieu aurait-Il alors créé un monde imparfait?

Je ne prétends pas posséder de réponse définitive à cette question. Jusqu’à date, il a été question de la possibilité inouïe de vivre une grande variété d’émotions ou de conflits, mais surtout d’avoir une quasi-mainmise sur notre chemin de vie. 

 

Qu’est-ce qui est imparfait? Logiquement, il faut pointer du doigt la souffrance sous quelque forme qu’elle soit, mais… est-ce vraiment l’unique cible de « l’imperfection » ? Le mot souffrance se décline en tellement de chapeaux qu’on ne sait plus trop lequel porter. Que reprochez-vous à la vie et pourquoi? Est-il justifié de lui reprocher cela? Avons-nous quelque influence de la société occidentale dans le blâme de certaines valeurs plutôt que d’autres (indice: la réponse est oui)? C’est là le début d’un long travail de pensée pour tous. La souffrance s’accuse facilement, mais il faut aussi voir l’autre côté de la médaille: elle peut être un formidable vecteur d’amélioration de soi, nous permet de mieux goûter aux moments de joie et nous permet de déjouer l’ennui.

 

Mais… et si Dieu n’existait tout simplement pas? Et si nous n’étions que coïncidence absurde d’un glissement de peau de banane cosmique? Je n’y crois pas, me lassant de devoir prouver encore et encore l’existence de Dieu dont je sens la présence et avec lequel je peux communiquer quasiment en tout temps. L’existence est beaucoup trop complète et complexe, c’est une œuvre extraordinaire et sublime. Force m’est de constater qu’elle est l'œuvre d’un être génial: s’il faut juger le créateur par sa création, franchement, il est fort, Dieu. 

Merci.

Photographie de Archivio Fotografico Musei Vaticani

Correction par Rose Côté

Mise en page par Jaëlle Méroné