LETTRE OUVERTE

20 avril 2020

JE ME SOUVIENS

Alexandre Bouillon

(ou comment écrire un texte à la dernière minute sous influence d’alcool, de caféine et de fatigue)

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Le philosophe grec Diogène (404-323 av. J.-C.) assis dans son humble logis, un tonneau en terre cuite dans le quartier Métrôon d'Athènes, allume une lampe en plein jour, signalant qu'il recherche un homme honnête. Les chiens qui l'entourent, des compagnons du philosophe, sont emblématiques du cynisme (du grec kynikos, pareil au chien), qui met de l'avant une vie austère.

Pour les gens qui ne l’avaient pas encore remarqué, notre cher premier ministre nous répète depuis des lustres qu’il souhaite redonner aux Québécois leur fierté. Il y a néanmoins quelque chose qui cloche dans cette très noble ambition qui en est même devenue son leitmotiv. Veut-il que nous soyons fiers de notre passé sans pourtant regarder notre présent et notre futur ? Car la réalité qui est nôtre et la vision qu’il nous propose me rebutent en raison de leur aigre arrière-goût. Alors monsieur Legault, ce petit texte, je l’ai fait pour vous.

 

Lorsque j’écoutais ce merveilleux rendez-vous quotidien qu’est le show d’Horacio, je fus tout surpris d’entendre de la bouche de mon dirigeant une plaisanterie d’origine néo-zélandaise. Vous (ou votre équipe de communication) avez dû vous dire : pourquoi ne pas se créer, à notre tour, un peu de capital sympathie sur le dos d’une jeune fille, d’une fée des dents et d’un lapin chrétien ? S’agit-il du début d’une mauvaise blague? J’y vois plutôt l’ombre d’un affreux opportunisme décomplexé. Cela ne me semble pas très honorable. Cependant, en ce temps de crise, beaucoup ont l’air d’avoir été touchés par cette douce attention. Alors, suis-je devenu un peu trop cynique ? Tant que je n’habite pas dans une amphore, je crois encore bien m’en sortir. Sans rancune, Diogène.

 

À la suite de cela, je me suis mis à me questionner un peu plus sur ce gouvernement caquiste… Que vous soyez là pour défendre les intérêts de grands lobbies énergétiques et d’entrepreneurs en tous genres, soit. Que vous alliez de l’avant avec des projets tels que GNL Québec et le fabuleux 3e lien, d’accord. Mais essayer de faire passer ça comme si ça faisait partie de votre programme de lutte contre les changements climatiques, je trouve, mon cher, que vous y allez un peu fort. Ça ressemble à du Macron et ce n’est pas un compliment. Au moins, ayez la décence de nous dire franchement que de l’environnement, vous vous en câlissez ! Pour ma part, je n’ai jamais rêvé d’un Québec d’hypocrites et loin de moi l’idée d’en faire une fierté.

 

Pure infamie pour certains, liberticide nécessaire pour d’autres, la loi 21 m’est apparue comme ayant été un des derniers sujets chauds de notre démocratie libérale et c’est sur celui-ci que j’ai continué ma remise en question nationale. Ce n’est pas que j'aie été totalement désintéressé par ce débat, c’est juste que je trouvais qu’il y avait des problèmes plus pertinents auxquels porter notre attention collective. Nous aurions pu parler des conditions de travail de certains de nos compatriotes ou encore de ces gens qui n’ont pas de toit sous lequel se mettre en quarantaine, mais non ! il fallait s’assurer que « tout le monde » travaillant pour l’État respecte le code vestimentaire. Ça me semble n’être qu’une autre façon d’imposer un décorum qui ne cherche qu’à standardiser, à rendre médiocre celles et ceux qui ont des styles un peu différents. Vous en êtes fier, vous ? Mais bon, cela n’a aucune importance, c’est comme ça qu’on vit au Québec ! 

 

En soulevant la question du débat public québécois, je ne pouvais me taire sur tous ces polémistes qui pullulent dans nos journaux ou certaines de nos ondes radiophoniques. Ils émettent deux-trois opinions « politiquement incorrectes » qu’ils ont trouvées sous une publication Facebook de TVA Nouvelles et ils se font récompenser par un beau petit salaire. Nous ne sommes plus au temps des Chartrand et des Falardeau. À cette époque, on se battait 10 ans pour faire un film sur des évènements épineux de l’histoire québécoise et on n’avait pas peur de faire de la prison lorsque venait le temps de défendre les moins fortunés d’entre nous. Je pense bien avoir le droit de sortir un « c’était mieux avant ».

 

Vous voyez, monsieur Legault? En ce jour, je ne suis pas fier d’être Québécois. Peut-être en avons-nous une définition différente, mais il n’empêche que je ne vois aucune raison d’être même satisfait d’un peuple qui refuse de prendre sa destinée en main. De votre fierté molle d’autonomiste, j’en dis non merci.

 

P.S. Quelques camarades voudront m’accuser de faire du « Québec bashing ». Je dirais plutôt que je ne nous prends pas pour de la marde : on peut faire mieux! On s’est assez éloignés du « quelque chose comme un grand peuple » de René…