OPINION

10 avril 2021

L'anxiété

An Meilodi Paquet

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Jour de pluie, soirée d’orage. Je l’ai senti sur mon visage. J’ai voulu partir en tournant la page, mais elle m’a jeté dans une cage. 

Une longue nuit, un matin de paix. Elle m’attendait à mon chevet. L’air innocent, elle concoctait une vengeance. Tel était son souhait.

Une chanson lors d’une triste journée. Tous mes efforts à recommencer. La pluie est froide et parsemée de mes espoirs et de mes pensées. 

Je suis perdu, j'erre sur la terre. Me demandant ce que je peux bien faire. On m’a toujours dit de laisser aller. Pourtant, j’y suis toujours accroché. 

 

Ce sont les paroles d’une composition que j’ai partagée sur scène en 2018. J’y reflétais la découverte des limites de ma santé mentale. J’y annonçais la découverte de mon anxiété. 

 

L’importance de la santé mentale a longtemps été mise de côté. Trop longtemps. En raison de nos biais, lorsqu’on entend santé, on pense systématiquement à l’état physique d’une personne. Pourtant, la santé mentale, bien que primordiale au bien-être d’une personne, reste ignorée, comme invisible. Cette réalité a toujours été présente, mais elle semble avoir pris énormément d’ampleur en un an. Depuis le début de cette déchirante pandémie. De cet isolement. De cette adaptation constante. Il faut continuer d’aborder le sujet pour faire tomber les préjugés et éradiquer la stigmatisation qui orbite autour. 

 

Selon plusieurs recherches, certaines catégories d’individus ont une prévalence à avoir une santé mentale plus fragile. Les jeunes auraient une détresse plus prédominante que les aînés ; et les femmes, en dépit de l’âge, aurait une plus grande détresse que les hommes. (1) Même si les conclusions de ces études révèlent des prédispositions liées à certaines démographies plus à risque, tous peuvent être touchés par un trouble psychologique. Nous sommes tous et toutes capables de nommer quelques troubles de santé mentale, mais très peu peuvent comprendre ce que ça implique au quotidien. 

 

L’anxiété. Qu’est-ce ?

 

C’est la crise de panique qui arrive à un moment inopportun. C’est ne plus être capable de respirer correctement. Les tremblements. La fréquence cardiaque qui augmente. Les pleurs. C’est vouloir demander de l’aide, mais être retenu par ce je-ne-sais-quoi. C’est être enfermé dans sa tête et dans son corps. Ne pas pouvoir se lever. Ne pas pouvoir bouger. C’est se sentir prisonnier d’une cage. C’est penser qu’on va mourir parce qu’une tache brunâtre est apparue sur son genou. C’est être convaincu que son ami est décédé parce qu’il ne répond pas. C’est la fatalité de supposer que notre avenir est foutu parce qu’on a oublié de remettre un devoir. C’est penser que ses parents ne l’aimeront plus jamais parce qu’ils ont eu un désaccord. C’est cette envie de tout contrôler. C’est être incapable de laisser aller. C’est cette impression de ne jamais être à la hauteur. C’est penser que tous nos proches nous abandonneront. C’est l’intensité gouvernée par l’angoisse. C’est être parfois incapable de communiquer devant un groupe de plus de deux personnes. C’est avoir une boule suffocante dans la gorge qui empêche de parler. C’est être dans l’impossibilité de penser à autre chose. C’est entendre, mais ne pas écouter. C’est l’impression que tout va mal. C’est ce moment où tout allait bien, lors d’une soirée entre amis, et que, tout à coup, ça frappe. On me demande pourquoi. L’angoisse. Sans cause particulière. C’est ne pas sortir de son lit pendant trois jours. C’est l'obsession sur ce qu'a dit son ami il y a trois mois. C’est la difficulté à expliquer ce qui se passe parce qu’on ne le comprend pas vraiment. C’est se détester de ne pas pouvoir être comme tout le monde. C’est presque comme si on prenait possession de son corps. Insomnie, jour après jour. Fatigue constante. Inquiétude sans fin. Épuisement. Peur. Angoisse. Idées suicidaires.

 

L’anxiété. Pour moi, c’est cela.

 

Pour d’autres, l’anxiété, c’est relativement différent. L’esprit humain n’est pas cartésien comme les mathématiques ou stable comme le pH de l’eau. L’état mental est un ensemble de facteurs allant de la génétique à l'environnement dans lequel tu étais hier. C’est un mélange de ton passé, de ta perception et de tes moyens pour gérer la situation. Objectivement, l’anxiété et la plupart des troubles de santé mentale sont des maladies chroniques. On peut tout de même apprendre à vivre avec. 

 

Il faut garder en tête que l’état mental d’une personne ne se voit pas ou ne se devine pas toujours. C’est souvent en fait ceux qu’on soupçonne le moins qui vivent le plus de détresse. Les gens qui me côtoient pourraient vous témoigner que je suis une boule d’énergie, que je ne suis pas gêné, que je suis souriant‧e. Pourtant, il n’en demeure pas moins vrai que tous les jours, je me bats contre mon anxiété qui m’épuise et qui m’empêche de faire beaucoup. 

 

Puisque c’est difficile d’en parler, il faut féliciter ceux qui acceptent de partager leur histoire. Ces personnes sont importantes. Il est nécessaire de les croire. Ne pas remettre en question leur état ou minimiser leur situation. Il faut écouter. Ne pas jouer au « fin connaisseur ». Il faut également accepter l'incompréhension. C’est normal d’être ignorant. Néanmoins, vous avez assurément un impact sur leur vie. Il faut reconnaître qu’un trouble de santé mentale peut assurément affecter leurs comportements, mais qu’il ne les définit en aucun cas.
 

Éduquons-nous. Parlons-en.

 

« Trouble d’anxiété généralisée (TAG) : L’anxiété de la personne est presque toujours présente, elle s’inquiète de tout : du futur, de sa santé, de ses relations, de ses finances, de l’état de la planète, etc. L’inquiétude est démesurée et prend une place intégrale dans la vie de la personne, réduisant sa capacité à fonctionner, comme si elle avait une intolérance à l’incertitude.

 

Phobie sociale : l’anxiété sera déclenchée par une situation sociale liée à la rencontre de nouvelles personnes, à la socialisation avec un grand groupe ou bien une présentation orale. Quelques personnes seront même inconfortables à manger devant d’autres personnes ou à utiliser des toilettes publiques.

 

Trouble panique : l’anxiété survient sans déclencheur identifiable.  L’intensité des symptômes atteint son pic en quelques minutes.  La personne peut croire qu’elle s’évanouira ou aura une crise cardiaque.   L’épisode s’estompe habituellement en moins d’une heure, laissant l’individu épuisé.  La personne craint ces épisodes qu’elle ne peut prédire et donc se met à éviter toutes sortes de situations, tentant en vain d’échapper aux crises.  Ce qui devient le plus handicapant est la peur d’avoir peur.

 

Trouble obsessionnel compulsif (TOC) : Dans le trouble obsessionnel compulsif, l’anxiété viendra sous forme d’idée obsédante que la personne n’arrive pas à faire taire. […] Pour se défaire de l’anxiété, certains auront des rituels ou compulsions, c’est-à-dire, des gestes qu’ils poseront a répétition pour tenter de se défaire de l’obsession.  Les compulsions communes sont le lavage et le nettoyage à outrance, compter (ses pas, ses mots), vérifier (la serrure, le poêle, la fenêtre) ou se questionner (suis-je gai ?). » (2)

 

Troubles bipolaires : Une personne atteinte de troubles bipolaires vit ses émotions avec une intensité démesurée et elle a parfois du mal à les maîtriser. […] La personne atteinte peut ainsi avoir de la difficulté à remplir ses obligations professionnelles, familiales et sociales. La personne atteinte de troubles bipolaires passe par des périodes durant lesquelles son humeur est très différente. Ces périodes sont appelées « épisodes ». Les 2 types d’épisodes caractéristiques des troubles bipolaires sont les suivants : épisode de manie (période de grande excitation ou d’énergie) et épisode de dépression. » (3)

 

« Trouble de la personnalité limite (TPL) : Les personnes atteintes d’un trouble de la personnalité limite ont une peur extrême ou exagérée de perdre leurs liens avec les membres de leur entourage. Elles se sentent facilement rejetées ou abandonnées par les autres, ce qui crée des conflits dans leurs relations sociales. […] Le trouble de la personnalité limite affecte la manière de penser et d’agir des personnes atteintes. Il perturbe leurs émotions, leurs comportements, leur image de soi et de leur identité et leurs relations avec les autres. » (4)

 

Je suis fier‧ère de dire que j’utilise les ressources disponibles. Ce n’est pas un signe de faiblesse, bien au contraire. N’hésitez pas. Vous êtes importants. Demandez de l’aide. C’est le plus difficile. 

 

Centre de crise de Québec: 418-688-4240

Tel Jeunes: 1 800 263-2266

Jeunesse, j’écoute: 1 800 668-6868

Réseau Avant de Craquer: 418-687-0474

Tel-Aînés: 514-353-2463

Écoute entraide: 1 855 365-4463

Pairs Aidants J'Ecoute: 1 800 425-9301

Fondation québécoise pour le trouble obsessionnel-compulsif: 1 888 727-0012

Anorexie et boulimie Québec: 1 800 630-0907

Suicide Action Montréal: 1 866 277-3553

Revivre: 1 866 738-4873

Références

[1] Bouchard, L., Batista, R. & Colman, I. (2018). Santé mentale et maladies mentales des jeunes francophones de 15 à 24 ans : données de l’Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes – Santé mentale 2012. Minorités linguistiques et société / Linguistic Minorities and Society, (9), 227–245. Consulté à l’adresse https://doi.org/10.7202/1043504ar

 

[2] Trouble de la personnalité limite (TPL). (n.d.). Consulté le 10 avril 2021, à l’adresse https://www.quebec.ca/sante/problemes-de-sante/sante-mentale-maladie-mentale/trouble-de-la-personnalite-limite/.

 

[3] Anxiété. (s.d.). Association des médecins psychiatres du Québec. Consulté le 10 avril 2021, à l’adresse https://ampq.org/info-maladie/anxiete/

 

[4] Troubles bipolaires | Gouvernement du Québec. (s.d.). Consulté 10 avril 2021, à l’adresse https://www.quebec.ca/sante/problemes-de-sante/sante-mentale-maladie-mentale/troubles-bipolaires/.

Photographie de Nicolas Alvarez @alv4n_