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13 avril 2021

Il y a cent ans, on découvrait l’insuline

Noémie Fortin-Tchernof

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C’est en 1921 que Frederick Banting et Charles Best ont pour la première fois réussi à isoler l’insuline à l’Université de Toronto. Cette découverte a radicalement changé le monde médical et a amélioré la qualité et l’espérance de vie de millions d’individus atteints du diabète. Avant cette percée scientifique, le traitement de cette pathologie était à tout le moins difficile. Un siècle après cette découverte majeure, retraçons les avancées qui ont jalonné l’évolution du traitement du diabète à travers l’histoire.

 

Tout d’abord, le diabète est une maladie comportant deux types. Le diabète de type 1 touche souvent les jeunes individus, tandis que le diabète de type 2 concerne les personnes plus âgées qui accusent un surplus de poids. Le diabète provient de la sécrétion absente (type 1) ou insuffisante (type 2) d’une hormone appelée insuline. C’est le pancréas qui, en plus de sécréter des enzymes digestives, produit entre autres cette hormone. L’insuline permet de régler la glycémie, c’est-à-dire le taux de glucose dans le sang. Les individus souffrant du diabète, ne pouvant sécréter suffisamment d’insuline, ne parviennent pas à utiliser correctement le sucre dans l’organisme. Ce dernier se retrouve donc dans les urines. Cette pathologie peut entraîner des complications importantes comme la cécité, l’amputation ou même le coma et la mort lorsque la maladie n’est pas prise en charge.

 

Avant la découverte de l’insuline, comment était traité le diabète ? La première trace historique de cette pathologie vient de l’Égypte ancienne où celle-ci était décrite comme une grande production d’urine. Chez les Grecs, on tente de traiter la maladie grâce à un « bon mode de vie ». Plus tard, le nom mellitus, qui signifie « doux comme le miel », est donné au diabète en raison du sucre retrouvé dans l’urine. Jusqu’au 11e siècle, le diabète est souvent diagnostiqué par des « goûteurs d’urine » qui détectent un goût sucré chez les individus qu’on présume diabétiques¹. Dans les années 1920, avant que l’insuline ne soit découverte, l’un des seuls traitements de cette maladie avait été imaginé par le médecin Frederick Madison Allen, qui donnait à ses patients une diète très stricte et pauvre en glucides appelée en anglais Starvation diet², ce qui signifie littéralement en français la « Diète de famine ». Ce régime alimentaire prolongeait la vie des patients atteints du diabète, mais guère plus d’un an et beaucoup mouraient de faim.

 

Ensuite, ce sont Banting et Best qui ont effectué une série d’expériences sur des chiens pour tenter de découvrir l’agent hormonal sécrété par le pancréas qui permettait, comme mentionné plus haut, de réguler la glycémie. Une étude avait déjà été menée par les chercheurs von Mering et Minkowski³: ils avaient procédé à l’ablation du pancréas chez un chien et avaient constaté l’apparition du diabète. Ils avaient tenté de purifier l’agent actif du pancréas, mais leur préparation était contaminée par les enzymes digestives qui dégradaient l’insuline. Banting et Best ont réussi à isoler l’insuline en empêchant la sécrétion des enzymes digestives et c’est le docteur James Collip qui est parvenu à la purifier. En 1921, l’insuline de Collip était assez pure pour être administrée aux patients souffrant du diabète. Le premier individu traité a été le jeune homme Leonard Thompson et les résultats ont été extrêmement positifs. Bien d’autres patients ont suivi, dont l’une des plus célèbres, Elizabeth Hughes Gosset, une Américaine ayant développé le diabète à 14 ans et qui, d’abord condamnée, a pu mener une vie normale pour l’époque: elle s’est mariée, a eu des enfants et est décédée à 73 ans. La qualité et l’espérance de vie de millions de personnes ont été par la suite immensément améliorées.

 

Enfin, cette découverte est l’une des plus marquantes en médecine dans le dernier siècle: il est important de la commémorer. Banting et John Macleod, le patron du laboratoire, ont reçu le prix Nobel de physiologie médecine en 1923 et, par souci d’équité, l’ont partagé avec Best et Collip. Un brevet a été attribué à Banting, mais celui-ci l’a vendu pour la modique somme de 1 dollar à l’Université de Toronto en disant: « L’insuline ne m’appartient pas. Elle appartient au monde entier. » Ainsi, aujourd’hui encore des millions de personnes sont traitées avec de l’insuline maintenant synthétisée en laboratoire grâce à des technologies qui évoluent constamment. Cette noble disposition de Banting a conditionné cent ans de recherche assidue sur le diabète et sur l’insuline.

¹ « Les cent ans de l’insuline », Plein Soleil 63, no 1 (2021) : 34.

² « Les cent ans de l’insuline », 30.

³ Vecchio et al., « The Discovery of Insulin: An Important Milestone in the History of Medicine », Frontiers in Endocrinology 9, (2018), 2-3.

⁴ Michael Bliss, The Discovery of Insulin, (Toronto: McClelland & Stewart Inc., 2007), 108.

⁵ Michael Bliss, The Discovery of Insulin, (Toronto: McClelland & Stewart Inc., 2007), 112.

⁶ « Les cent ans de l’insuline », Plein Soleil 63, no 1 (2021) : 33.

⁷ Bliss, The Discovery of Insulin, 231.

⁸ « Sir Frederick Banting MD », Temple de la renommée médicale canadienne, consulté le 4 avril 2021, https://www.cdnmedhall.org/fr/inductees/frederickbanting.

Références 

« Les cent ans de l’insuline ». Plein Soleil 63, no 1 (2021) : 30-36.

 

Vecchio et al. « The Discovery of Insulin: An Important Milestone in the History of Medicine ». Frontiers in Endocrinology 9, (2018), 2-3.

 

Michael Bliss. The Discovery of Insulin. Toronto: McClelland & Stewart Inc., 2007.

 

« Sir Frederick Banting MD ». Temple de la renommée médicale canadienne. Consulté le 4 avril 2021. https://www.cdnmedhall.org/fr/inductees/frederickbanting.

Illustration 

Artiste Erin Lux

https://erin-lux.com/