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14 février 2021

​L’olfaction et les relations amoureuses... ou l’odeur de l’amour !

Noémie Fortin-Tchernof

L’odeur des roses est symbole de l’amour : on se parfume pour plaire, pour séduire. Particulièrement à la Saint-Valentin... Toutefois, ce n’est pas uniquement le 14 février que l’odeur est un élément important dans les relations amoureuses. Vous est-il déjà arrivé d’emprunter un chandail de votre partenaire pour vous rappeler de son odeur en son absence ? Avant une rupture, peut-être vous êtes-vous écrié: « Je ne peux plus le sentir ! » À l’ère des rencontres web par écrans interposés et de l’utilisation accrue des sites de rencontres où l’odeur des partenaires potentiels ne joue pas de rôle significatif, avons-nous perdu une dimension importante de la relation amoureuse ? Que nous dit la science sur le rôle joué par l’odorat dans les relations entre partenaires ? 

Les odeurs corporelles sont influencées par une grande variété de facteurs, dont l’alimentation, l’état de santé général ou la présence de pathologies, les facteurs génétiques, l’état émotionnel ou même certains traits de personnalité, sans compter l’utilisation de savons et de parfums de toutes sortes, tant pour le corps que pour les vêtements. Ajoutons à cela l’haleine et l’odeur des cheveux et l’on perçoit rapidement la complexité de toute l’affaire ! Une littérature scientifique abondante démontre toutefois que les odeurs corporelles qui sont jugées comme déplaisantes sont associées par les participants aux recherches à des caractéristiques sociales peu recherchées comme être impopulaire ou susciter l’antipathie. 

Mais comment mesure-t-on l’effet des odeurs corporelles sur les relations amoureuses ? La plupart des études ont utilisé les odeurs qui se retrouvent sur un chandail porté pendant 24 heures sans exposition à des odeurs de cuisson. Les volontaires participant aux recherches sont alors soumis à ces échantillons et doivent les classer ou les évaluer. On comprend aisément que ces travaux comportent une certaine part d’arbitraire, de subjectivité ou d’imprécision. C’est aussi pourquoi les études qui se sont penchées sur les odeurs corporelles et les relations amoureuses demeurent rares et souvent peu concluantes. 

Par l’analyse de différents sondages, on sait que la plupart des gens, que ce soit dans les relations homosexuelles ou hétérosexuelles, accordent une grande importance à l’odeur dégagée par leur partenaire. Ces sondages montrent aussi que pour une certaine partie de la population, l’odeur est plus importante que le ton de la voix ou l’apparence physique. 

En termes de préférences, le cerveau des individus montre une plus grande réaction lors d’un électroencéphalogramme lorsqu’on leur présente les odeurs d’individus du sexe qui les attire le plus. De nombreux travaux ont examiné si les taux de testostérone chez les hommes influençaient positivement ou négativement la perception de leur odeur corporelle, mais les résultats ne permettent pas de conclure. D’autre part, une autre étude a montré une réaction favorable d’un groupe d'hommes à l’odeur de femmes dans leur phase ovulatoire, par rapport à celles qui étaient dans une autre phase de leur cycle reproductif. 

D’autres études ont été réalisées chez des personnes qui ont de la difficulté à percevoir les odeurs (hyposmie) ou encore celles qui ne peuvent pas du tout les percevoir (anosmie). Dans l’une de ces études, on a observé une insécurité sociale augmentée qui pouvait se traduire par une diminution des rapports sexuels ou encore une plus grande insatisfaction en couple en comparaison avec les participants qui avaient un odorat normal. Il faut cependant être très prudent avec ces résultats, car les différences étaient peu prononcées et les conditions comme l’hyposmie ou l’anosmie peuvent parfois être associées avec une diminution générale de la qualité de vie qui affecte plusieurs sphères de l’existence, dont les relations de couple. 

Ainsi, bien que les études réalisées sur l’odeur et les relations interpersonnelles soient abondantes, elles ont souvent des limites importantes ou elles sont parfois contradictoires. C’est pourquoi il est difficile de jongler avec les données recueillies. Même si on sait que l’odeur est importante dans les relations amoureuses, cet élément demeure difficile à quantifier et à qualifier. Le rôle des signaux olfactifs dans les relations humaines nous échappe toujours sur le plan scientifique. Il est profondément ironique que cette maladie qui nous tient présentement éloignés les uns des autres cause la perte de l’odorat, parfois à long terme, et nécessite le port d’un masque qui rend les odeurs personnelles inopérantes. Sur le plan olfactif, mais aussi à tous les autres égards, cette Saint-Valentin-ci sera certainement la moins fructueuse ! 

Pauvre Cupidon… !

Références

Mahmuta MK, Croy I. The role of body odors and olfactory ability in the initiation, maintenance and breakdown of romantic relationships – A review. Physiology & Behavior 2019;207:179-184. 

  

Croya I, Bojanowskia V, Hummela T. Men without a sense of smell exhibit a strongly reduced number of sexual relationships, women exhibit reduced partnership security - A reanalysis of previously published data. Biological Psychology 2013; 92:292-294. 

  

Lübke KT, Hoenen M, Pause M. Differential processing of social chemosignals obtained from potential partners in regards to gender and sexual orientation, Behav Brain Res 2012;228:375-387. 

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