OPINION

20 octobre 2020

Le féminisme et l’identité vus par un homme

Laurent Porter

gender-equality-John-Holcroft.jpg

Note: Attention attention, je m’engage dans un combat à même de heurter un peu ou de soulever beaucoup de réactions, mais c’est en toute connaissance de cause. Si jamais je me trompe et qu’on me remet sur le droit chemin, ça ne démontrera que d’autant plus ce qu’il y a à démontrer : la vérité et le respect qui, à mon humble avis, devrait être un fait et non une discussion discrètement ignorée.

 

D’autant que je sache, le féminisme, c’est l’égalité hommes-femmes. Égalité de droit, de salaire et surtout de respect, pour ne nommer que ceux-là.

 

Jusqu’à date, pourquoi s’opposerait-on à cette idée ? Je ne sais pas. Y a-t-il un problème à ce qu’une personne, peu importe ce qu’elle est et qui elle est, soit respectée dans son intégrité et dans le fait qu’elle soit une personne comme plus de sept milliards d’autres ? Pas vraiment. Or, pourquoi est-ce si compliqué ?

 

Je ne veux pas me lancer dans une lutte qui me dépasse. Malgré tout, pourquoi se compliquer la tâche ? Si nous nous respections, l’inégalité hommes-femmes ne se résorberait-elle pas d’elle-même? Si, en tant que société, nous visions cet idéal, nous en arriverions certainement à un résultat plus juste pour tous. Néanmoins, la réalité est loin d’être aussi simple ; nos identités corrompues nous paralysent et nous polarisent. Autrement dit, on n’atteint pas une vraie égalité uniquement en criant « respect », quoiqu’une atmosphère respectueuse doive absolument régner dans notre société.

 

Je m’attaque aux identités intangibles, figées dans le marbre: ces mots « homme » et « femme » nous mentent en pleine face, et ce, souvent à notre insu.

 

Primo, ils sont exclusifs. Ce sont des boîtes, que dis-je, des cages pour l’identité. Si tu n’es ni homme ni femme, que deviens-tu ? Si je suis homme à 99%, que devient le 1% restant ? Qu’est-il ? Je suis qui je suis et rien d’autre que ce que je suis. Cette définition de ma personne est appelée à changer selon moult influences, mais rien ne m’assure qu’elle correspondra un jour en tout et partout à la définition du mot « homme ». Donc, si cette dernière définition ne m’englobe pas pleinement, pourquoi devrais-je tenir bec et ongles à m’y rattacher ?

 

La réponse est simple : cette identité est sécurisante. Elle est partagée par beaucoup d’autres. Or, je ne m’intéresse pas ici au côté biologique de la chose (qui, certes, façonne le côté identitaire à sa façon), mais uniquement à déconstruire les dogmes qui se jouent de nous. Je vois un gigantesque pied de nez fait aux identités par leur pas si irrévocable définition des mots homme et femme. Ainsi, ciao bye l’exclusivité masculine ou féminine. 

 

Deuzio, ils sont TEEEEEEELLement stéréotypés. Là où la distinction rose-bleu des jouets d’enfants frappe, les identités s'incrustent, s’enracinent et pourrissent pendant le développement personnel, de sorte qu’à l’âge adulte, le paquet de déconstructions n’en mène que plus large. Voici les images auxquelles je pense à première vue:

  • Les façons de magasiner de l’homme et de la femme ;

  • L’homme fort, carré et musclé qui doit protéger la femme maigrelette ;

  • L’homme trop peu émotif et la femme trop émotive ;

  • La femme discréditée parce qu’elle n’est pas comme l’homme…

 

Le ridicule enrageant de ces images formulables spontanément me dégoûte. Ark. Je crois fermement que personne ne doit laisser de telles images le‧la définir.

 

Tertio, le problème avec de tels stéréotypes, c’est qu’ils se dissimulent bien vite dans l’inconscient à la fois personnel et collectif. Autrement dit, des idées ridicules manipulent nos faits et gestes de l’intérieur à l’extérieur. Pire encore, autrui contribue (plus ou moins, selon la personne) à la formation d’images qui cimentent ces modèles frauduleux de nous dans telle ou telle sphère de notre vie collective. Quelles répercussions néfastes nous affectent alors ? Par exemple, que se produit-il lorsque certaines publicités intériorisent ces images afin de mieux vendre des produits ? Nous ne sommes vraiment pas sortis du bois.

 

Enfin, que tirons-nous de toutes ces réflexions ? J’ai pleinement conscience que ce texte est loin d’être exhaustif dans l’élaboration des idées. Malgré tout, quelques points marquent la discussion jusqu’ici. Une personne, dans son intégrité, mérite autant de respect qu’une autre personne. S’affubler entièrement d’une définition d’« homme » ou de « femme » est réducteur et, lorsqu’intégré dans notre imaginaire, à la fois inconscient et stéréotypé. Alors, nous devons coûte que coûte nous élever, en tant que nous-mêmes, au-delà de ces boîtes par trop closes, et ce, même si elles peuvent sembler attrayantes dans leur confort cliché.

 

Ainsi, nous pourrons, qui que nous soyons, simplement nous respecter.