ESSAI

5 mai

Ma sorcière

Laurent Porter

Ma sorcière est amour-propre de trottoirs asphyxiés ou complexe de boîtes à lunch immaculées. Elle m’entourloupe de différences envahissantes qu’un miroir aura tôt fait de rebuter. De cavalcades invisibles au sourire commercial, insipide et atrophié, elle ne dort que quand l’ennui a les yeux fermés. Proxénète de masques et vignobles de crevasses, elle prend ma place.

Ma sorcière est succube d’énergie et porteuse de tremplins vers l’infini. Me frôler dans une métastase amorphe, c’est me propulser vers le trou noir des horaires équarris. Proposition? Escroquerie mal intentionnée. Objectif? Rêve américain dégobillé, souvenir forcé d’un oiseau de proie dans mon gosier. En instrumentalisant ma sagesse, elle la fait tourner en rond tel un fer rougeoyant dans ma jeunesse de bétail.

Ma sorcière est vide… et déni de masse, elle sait. Elle m’intime sensuellement de poursuivre notre ombre pour que je puisse briller, mensonge éhonté. Et pourtant, bras dessus bras dessous, j’exporte les problèmes en maîtres chez nous. La seule direction que ça oblige est celle de la bêtise attendrissante. J’observe plusieurs tomber au combat en achetant cette Valse Méphisto, une arnaque édulcorée. L’artiste sentimental caricature son propre mal, mal que cette friponne individualiste prend plaisir à résorber. Ironiquement le vide chimérique s’empare de la Terre à force d’être moins terre à terre.

Ma sorcière est paradoxale. Ma sorcière est un mur.

Bon Dieu, qu’on se joue d’elle au détriment de nos longs nez. Un mur, ça s’explose!

… Mon explosion est rouage. Quand par sa porte j’entre, je ne ressors jamais. J’estompe les fantaisies de toute heure et de tout ordre pour faire de la vraie magie. La frontière se coupe et le réel révèle son imagination. Si mon explosion brûle, sa lumière transcende le préconçu. Assez de tergiversations, qu’on réinvente, non? Il faut dynamiter les déjà-vus pyramidaux, un pied sur pierre et un pied sur nuage, je deviens mage. L’histoire d’un partage se découpe et se déguste: la cacophonie soudain s’oublie.

Le feu est pur partage de ce que j’ai. Trop souvent étiolé, il ne meurt pourtant jamais. Fidèle à la vie qu’il éclaire, il fuselle le nécessaire pour mieux fustiger la sorcière. Car si la parvenue se réinvente en blocus napoléonien, elle leste la flamme en vain. Le feu est vérité, il s’élance et dissout à proprement parler la parade de l’apparat. Enfin, le feu est renouveau; la bougie de la nuit la plus noire jaillit du troupeau et abreuve la multitude en rémission des péchés. 

Le feu, c’est vous et moi: on crie et on crée.

Correction par Matisse Rivet.

Mise en page par Analu Faleiros.