OPINION

21 mars 2021

​#Notallmen

Catherine Lecompte pour le comité Artémis

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L’automne dernier, une question adressée aux femmes a circulé sur les réseaux sociaux et a suscité beaucoup de réactions : « Que feriez-vous si tous les hommes disparaissaient de la surface de la Terre pendant 24 heures? ». On pourrait penser que les réponses évoquaient des désirs farfelus et des idées élaborées, mais bien au contraire, les réponses les plus fréquentes furent très simples. La majorité des femmes désiraient seulement pouvoir se promener seules dans la rue, le soir, sans avoir peur d’être suivies. Une activité pourtant si simple, mais que beaucoup de femmes ne s’autorisent pas à faire, car trop d’histoires horribles de harcèlement et d’attaques sont partagées dans les médias. C’est d’ailleurs ce qui est arrivé à Sarah Everard, une Anglaise de 33 ans, qui a été portée disparue le 3 mars dernier alors qu’elle marchait vers chez elle après une soirée avec des amis. Neuf jours plus tard, son décès a été confirmé: son présumé assaillant n’était nul autre qu’un policier. Ça ne prend pas la tête à Papineau pour se rendre compte qu’il est extrêmement problématique qu’encore aujourd’hui, en 2021, les femmes soient victimes de violence et assassinées dans des situations aussi banales que lorsqu’elles rentrent chez elles à pied après une soirée, surtout par des policiers qui, on se le rappelle, ont pour mission de protéger la population. 

 

Cette tragédie a fait le tour du monde et a créé un mouvement de protestation sur les réseaux sociaux. Les femmes sont tannées de ne pas se sentir en sécurité dans les rues. Elles sont aussi tannées de se faire répéter sans cesse de ne pas sortir dehors le soir, car « c’est ben dangereux! », plutôt que les hommes s’efforcent de rendre les rues plus sécuritaires. Selon moi, faire du parachute sans parachute, c’est dangereux, se faire tatouer par un de ses chums qui fait du stick-and-poke avec le kit de couture de sa mère, c’est dangereux, manger du poulet cru, c’est dangereux, mais se balader dans les rues quand le soleil est couché, ça ne devrait pas l’être. D’où provient cet entêtement à restreindre les femmes dans le type d’activités qu’elles peuvent faire et à quel moment elles peuvent sortir de chez elles ? Serait-ce parce qu’il est plus facile de continuer d’alimenter le sentiment de peur chez les femmes plutôt que de faire changer les mentalités et les comportements des hommes? C’est aux hommes de changer et de se questionner sur leurs comportements afin de faire activement partie du changement, car ce n’est pas en disant aux femmes de « faire attention » que le problème va se régler. Dans le cas de Sarah Everard, elle suivait tous les « conseils » qu’on donne aux femmes afin « d’éviter de se faire agresser » : elle portait des vêtements colorés, elle marchait dans un quartier très peuplé et illuminé et elle parlait avec son copain au téléphone. Cela ne l’a malheureusement pas sauvée. Il me semble qu’au lieu d’essayer de trouver des failles dans les comportements des victimes, il faut se tourner vers ceux des agresseurs, parce qu’il est là le problème. Suite à cette dénonciation massive du sentiment de crainte qu’on les femmes dans les rues le soir, le #Notallmen est apparu. Les hommes se défendent en rappelant que ce n’est pas tous les gars qui agressent les femmes alors que, bien sûr, ce n’est pas ce que les filles essaient de prouver ni le message qu’elles veulent lancer. Ce qu’elles veulent dire, c’est que même si ce ne sont pas tous les hommes qui sont dans le tort, le fait que quelques-uns le soient est un problème en soi et il faut que des actions concrètes se posent afin que les choses changent réellement. Et oui, c’est à votre tour de jouer les gars! Lancer le blâme sur les autres et répéter que vous « vous êtes un bon gars » ne changera rien. Vous devez agir  lorsque vous êtes témoins de situations inadéquates et vous devez contribuer au mouvement féministe si on veut que des évènements comme ceux vécus par Sarah Everard cessent de se produire. Se sentir en sécurité c’est un droit fondamental, il est grand temps que les femmes y aient droit.