CRITIQUE

20 mars 2021

​Révolution sexuelle 

Micha Globensky 

« notre décroissance  

sexuelle 

n’est pas l’austérité » 

 

La dernière œuvre de Julie Delporte, Décroissance sexuelle, est un manifeste de « guérison collective » de traumatismes liés à la sexualité, inspiré de « longues conversations avec 24 personnes, amies ou inconnues ». Ce recueil de courtes strophes écrites au féminin, accompagnées de gravures à l’eau-forte réalisées par l’auteure, est incroyablement désarmant et porteur d’une violence insoutenable. Il inocule une réflexion profonde sur notre conception collective de la sexualité ; ce qui y est permis ; ce qui y est tabou ; et tous ses travers.  

 

 

« nous cherchons un 

pouvoir autre que 

celui de séduire » 

 

Cette strophe est l’aboutissement d’une suite de désillusions crues qui s’opère dès la première page du recueil. Il faut la lire en criant, à bout de souffle. C’est le pivot qui amorce la guérison, mais aussi l’appel désespéré d’une réforme de la fatalité blessante qu’est la séduction. Pour moi, il y a dans ces trois vers toute la souffrance de la recherche de l’amour à travers les yeux de l’être regardeur ainsi que toute l’injustice dans ce sentiment malheureusement plus féminin que masculin. La « décroissance sexuelle » s’inscrit comme le contrepoids à ce débalancement.  

 

« nos corps deviennent  

impénétrables » 

 

Ces deux vers m’ont immédiatement plu par la multiplicité de leur signification. D’un côté, ils qualifient franchement la décroissance sexuelle et le processus de guérison. Puis, j’ai l’impression qu’ils portent aussi tout le poids du traumatisme sexuel et de la blessure physique et psychologique qui reste. Finalement, ils annoncent aussi magnifiquement la suite d’une image chaleureuse. C’est la transformation, la réunion avec un nouveau bien-être. 

 

« je suis une femme 

un homme 

une fougère 

un oiseau 

 

réfugiée 

en lesbianisme » 

 

Dans une écriture déconcertante, mais pleine d’espoir, Julie Delporte raconte l’allègement du plateau plus proprement féminin. Enfin, il semble aussi qu’il faille travailler des deux côtés de la balance pour arriver à mieux nous entendre… 

Référence

Delporte, Julie. Décroissance sexuelle. Montréal : L'oie de cravan, 2020.