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23 avril

SPOT : Faire différent pour une clientèle vulnérable !

Mélodie Laflamme

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SPOT est un organisme communautaire itinérant, ce qui signifie qu’il y a plusieurs endroits où cet organisme peut offrir ses services. Justement, on peut le retrouver dans les quartiers Saint-Sacrement, Saint-Roch, Saint-Sauveur, Limoilou, Loretteville et Vieux-Québec. Selon leur site web, SPOT est « un organisme à but non lucratif, fondé à Québec en février 2014, dont la mission est d’améliorer l’état de santé des personnes marginalisées, désaffiliées, en situation de vulnérabilité sociosanitaire, non rejointes par l’offre de soins et services existante, et de former une relève professionnelle sensibilisée aux enjeux sociaux et aux besoins de santé de ces personnes. »[1] « En 2015-2016, la Clinique SPOT a offert 1373 consultations à 719 personnes différentes, dont 40 % n’avaient pas de carte d’assurance maladie et 70 %, pas de médecin de famille. »[2] L’organisme SPOT véhicule le respect de la dignité, du rythme, des modes de fonctionnement, de l’expertise et de l’autonomie des personnes. Il véhicule également des valeurs de solidarité, de croyance dans les savoirs et le potentiel des personnes, des rapports égalitaires et de partage du pouvoir et des savoirs.[3]

 

SPOT offre des horaires d’ouverture variés:

  • Les lundis à l’Archipel d’Entraide de 12:30 à 15:30 ; 

  • Les mardis à la Maison Dauphine de 16:30 à 19:30 ; 

  • Les mercredis à Points de Repère entre 12:30 et 15:30 et aux Centres d’amitié autochtone de Québec aux mêmes heures ; 

  • Les jeudis à la Maison Revivre entre 12:30 et 15:30 et au YWCA Québec aux mêmes heures ;

  • Les vendredis au Relais d’Espérance à 12:30 jusqu’à 15:30.[4] 

La belle équipe d’aidants naturels est formée de dentistes, coordonnatrices, infirmières, médecins, pairs aidants, psychologues, nutritionniste, massothérapeute, et bien d’autres. Le modèle de soins, de services et d’enseignement sur lequel ils s’appuient est un « processus étendu de consultations intersectorielles ayant permis d’aboutir à la construction d’une large alliance entre les milieux universitaire et communautaire, les institutions de soins, les groupes d’usagers et de nombreux partenaires dans la collectivité, tous rassemblés autour d’un même objectif : réduire les inégalités sociales de santé sur le territoire, notamment dans le secteur Basse-Ville/Limoilou/Vanier (BVLV). »[5] Plusieurs soins sont offerts, mais il est impossible pour la clinique SPOT de faire des suivis de grossesse, sauf au YWCA, où il y a une sage-femme, des prescriptions de narcotiques et la validation d’un diagnostic.

 

Cet organisme a été créé car « une fois arrivée dans le sombre cul-de-sac de la marginalisation, la sortie peut s’avérer difficile à trouver. C’est en partant de ce constat qu’une alliance entre les milieux universitaire et communautaire, les institutions de soins, les groupes d’usagers et de nombreux partenaires dans la collectivité est née. Ensemble, ils ont créé la clinique itinérante SPOT. »[6] Certaines personnes ne s’intègrent pas au moule de la société et n’ont pas accès aux soins nécessaires, que ce soit directement ou indirectement. Selon le Dr Amar, les soignants ne sont pas équipés pour prendre en charge cette clientèle dans le besoin d’un encadrement important et manquent souvent de temps. [7] Le système de santé n’est pas bâti en fonction de ceux qui présentent plus de difficultés en société et certaines personnes nécessitent une attention particulière. Actuellement, en période de pandémie, les usagers de SPOT représentent un grand enjeu. Malgré tout, le gouvernement souhaiterait que cette clinique cesse ses activités. Nathalie Bouchard, coordonnatrice générale « refuse de baisser les bras[...]. En collaboration avec des organismes communautaires, elle met tout en œuvre pour trouver des solutions et maintenir le plus possible les soins les plus pressants. »[8] 

Il n’y a rien de mieux que les paroles de ceux qui ont vécu l’expérience SPOT pour comprendre l’importance de cet organisme. Plusieurs personnes reçoivent de l’aide qui change leur vie. C’est le cas d’une femme, désirant garder l’anonymat, qui déclare : « J'ai commencé à avoir un problème de consommation, c'est le GHB. Ça fait trois ans que je ne suis pas capable de m'en sortir, admet-elle. J'entre bientôt en thérapie fermée. » Elle ajoute, après cette affirmation d’une grande valeur pour elle, que « C'est une clinique qui est merveilleuse, car ils sont toujours là pour moi. »[9] L’organisme communautaire affirme recevoir quelques stagiaires, dont la majorité en sort plus grande et plus enrichie grâce à la réalité et l’expérience qu’apporte le terrain. Pour démontrer à quel point l’organisme est pertinent de nos jours et sur un élan de cœur, une étudiante raconte : « La rencontre de SPOT a été un point tournant dans ma vie. Je crois sincèrement que l'expérience que vous m'avez laissé vivre sur le CA de SPOT et avec toutes les activités connexes m'a franchement permis de comprendre, ressentir et voir le pouvoir, la force que l'on a pour agir, pour changer les réalités, mobiliser les gens. Cette détermination et cette confiance que je vois grandir en moi n'auraient pu être aussi grandes aujourd'hui sans la confiance et l'expérience de partage que vous m'avez fait vivre. Vous m'avez confirmé qu'on peut croire en nos rêves et que tout est possible quand on s'y met, et je tiens simplement à vous remercier. »[10]

 

Dans la société, il existe de nombreuses inégalités, dont celles liées à des critères de genre et de sexe. En effet, au fil des ans s’est instaurée une tolérance au harcèlement  sexuel et aux comportements violents à l’égard des femmes. On assiste également à une socialisation genrée qui incite les jeunes filles à se définir selon des stéréotypes de beauté et de sexualité. Elles sont d’ailleurs très à risque à la discrimination.[11]. Dans les différents points de service de la clinique itinérante SPOT, un centre se spécialise dans l’assistance aux femmes. La clinique SPOT précise, avec délicatesse, que ce point de service, le YWCA, se consacre à l’attention des femmes, mais que cela inclut également les femmes transgenres et les personnes queers. « C'est un plus, car les femmes qu'on accueille dans 90 % des cas ont été victimes de violence. Aller dans des endroits où elles risquent de croiser leur pimp, leur ex, le conjoint, c'est moins évident »[12], ajoute Stéphanie Lampron, directrice de l'hébergement et des programmes sociaux au YWCA de Québec.

« Penser la pauvreté, c’est se confronter sans cesse aux nombreux et si tenaces préjugés et aux situations de discriminations qui trop souvent les accompagnent. »[13]

Il existe également des inégalités liées au revenu, à l’accès à l’emploi, à l’accès aux soins et aux services de qualité et autres. Ces inégalités liées à la distribution inégale des ressources font partie des défavorisations matérielles, culturelles et sociales. Les soignants de la clinique s’occupent de tous, avec ou sans carte d’assurance maladie, peu importe la couleur de leur peau, leur provenance, leur statut, leur sexe, etc. Leurs services sont gratuits et offerts dans des milieux accessibles et dispersés pour donner accès à plusieurs personnes ayant de la difficulté à se déplacer. De plus, non seulement offrent-ils une prise en charge médicale et sociale complète, mais ils font des dons d’objets utiles et offrent de la bienveillance, de l’écoute et un grand accueil qui ne sont généralement pas présents dans le système de santé ordinaire où il y a plusieurs protocoles à respecter.

 

En travaillant dans les hôpitaux, il est possible d’observer que certains patients semblent avoir de la misère à fournir des repas à leurs enfants, que certains utilisent des techniques d’injection mauvaises et dangereuses, que d’autres semblent incapables de se trouver un bon emploi, etc. En d’autres mots, certains ont besoin d’être davantage épaulés et nécessitent l’aide des ressources communautaires. Pour trouver ces dernières, il est important d’être au courant des possibilités qui existent. Des informations sur les différentes ressources communautaires sont disponibles en appelant au 2-1-1 ou en allant sur le site http://www.211quebecregions.ca ou les sites des autres régions en fonction de l’emplacement du patient.

Il est important d’agir sur les déterminants sociaux de la santé, car c’est l’un des facteurs les plus importants dans la prévention des différentes maladies chroniques et blessures. En améliorant la qualité des déterminants sociaux, les gens sont mieux encadrés et moins à risque de maladies physiques ou mentales. De plus, il est également important d’agir vis-à-vis des inégalités sociales. Celles-ci sont un facteur important de la qualité de vie, faisant la différence entre une vie sans grandes inquiétudes et une vie stressante où certains seront tentés de mettre cette dernière en danger. Il est essentiel de se mobiliser pour avoir la possibilité de soigner tous ceux dans le besoin et d’offrir les services nécessaires à tous.

Notes

[1] SPOT clinique communautaire de santé et d’enseignement, consulté le 28 mars 2021.

[2] Université Laval, « Prix Coup de cœur de la ministre déléguée pour la clinique SPOT », Faculté de médecine dentaire, consulté le 26 mars 2021.

[3] Maxime Amar, Nathalie Bouchard, Marjolaine Lim, Geneviève Olivier d’Avignon et Sophie Turmel, « Rapport d’activités », SPOT clinique communautaire de santé et d’enseignement, consulté le 26 mars 2021.

[4] SPOT clinique communautaire de santé et d’enseignement, consulté le 28 mars 2021.

[5] « Méthode de soins, de services et d’enseignement », SPOT clinique communautaire de santé et d’enseignement, consulté le 28 mars 2021.

[6] Catherine Breton, « L’art de venir en aide », mon saintroch, consulté le 29 mars 2021.

[7] Baptiste Ricard-Châtelain, « SPOT : une clinique itinérante pour les marginaux, Le Soleil, consulté le 29 mas 2021.

[8] « Nathalie Bouchard, Dédier sa vie au communautaire », Centraide Québec et Chaudière-Appalaches, consulté le 30 mars 2021.

[9] Nicole Germain, « Des services de santé pour les femmes vulnérables », Radio-Canada, consulté le 30 mars 2021.

[10] Nathalie Bouchard, Maxime Robert, « Colloque national en itinérance, responsabilités collectives et pratiques croisées », SPOT clinique communautaire de santé et d’enseignement, consulté le 26 mars 2021.

[11] Charles Beaudoin-Jobin, « Chapitre 2. Les inégalités de sexe et de genre » (sociologie, Cégep Sainte-Foy, hiver 2021)

[12] Nicole Germain, « Des services de santé pour les femmes vulnérables », Radio-Canada, consulté le 30 mars 2021.

[13] Charles Beaudoin-Jobin, « Inégalités sociales de santé (et la pauvreté) », (sociologie, Cégep Sainte-Foy, hiver 2021).

 

Illustration

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Correction de Matisse Rivet

Mise en page de Léa Drolet