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12 octobre 2020

The Lamb Lies Down on Broadway – Une histoire mise en musique et en images

Philippe Champoux

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À la suite d’une longue tournée promotionnelle de leur album Selling England by the Pound, un réel succès commercial, le groupe Genesis entreprit la création d’un nouvel album studio. Ils installent leur équipement d’enregistrement dans Headley Grange, ancienne maison de correction réputée pour avoir accueilli dans ses halls plusieurs groupes rock tels que Led Zeppelin. Cet ensemble de couloirs caverneux assommés par le temps apporterait un son unique aux enregistrements : cette réverbération naturelle ne pouvait pas être reproduite en studio. Ainsi, pour les trois mois qu’ils y restèrent, les membres entreprirent le processus de création et d’enregistrement du double-disque. Cette forme avait été adoptée afin d’incorporer un plus grand nombre d’idées musicales ainsi qu’une plus grande variété d’improvisations. Avec cette plus grande durée, Peter Gabriel choisit également d’expérimenter avec le contenu de son album : pour la première fois de sa carrière, l’album raconterait une histoire continue et complète.

L’idée originale était inspirée du livre Le Petit Prince, mais fut rapidement laissée en jachère : il leur semblait obsolète de baser un album complet sur un conte de fées. Et puis, Peter apporta à la table l’histoire de Rael, un jeune homme Puerto Ricain en quête d’identité dans l’immense ville de New York.

Au point de vue musical, Peter Gabriel nous livre une performance vocale hors du commun, entre autres dans Back in N.Y.C. Son talent inégalé d’auteur se traduit d’autant plus au travers de leurs fameuses chansons cultes Broadway Melody of 1974 et Cuckoo Cocoon, qui s’enchaînent avec une perfection irréprochable : les harmonies de guitare, l’élan effréné des percussions et la douceur de la flûte traversière s’accordent avec perfection. Nous pourrions dire de même quant à la suite de l’album : chacune des chansons suit avec assiduité cette vague de mélodies irrépréhensibles. 

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Insistant sur le fait de travailler seul sur les paroles, Peter ramait à l’encontre de l’atmosphère coopérative habituelle du groupe en laissant la tâche musicale aux autres membres ; une tension s’installa rapidement au sein de leur ensemble. À ce refus de coopération s’ajoutèrent également plusieurs conflits d’horaire, les membres ayant une femme et des enfants dont ils devaient s’occuper. Le lyriciste, sur invitation du producteur cinématographique William Friedkin, quitta le studio à maintes reprises afin de coopérer avec ce dernier sur un projet collaboratif. Cela irrita grandement les autres membres, à un point tel que Peter dut couper ses liens avec le cinéaste. Le retard qu’il avait accumulé dans son écriture le força à déposer la production de plusieurs chansons complètes dans les mains de ses collègues. La date de publication de l’album approchait alors à grands pas : tous les membres travaillèrent donc d’arrache-pied afin de compléter leur projet.

Au même moment, Hipgnosis, un groupe de deux graphistes (Storm Thorgerson et Aubrey Powell) furent contactés par Peter Gabriel. Les graphistes avaient une réputation qui les précédait : ayant commencé leur carrière en 1968, alors qu’ils étaient encore aux études, les deux virtuoses de l’image avaient, comme premier contrat, contacté leurs connaissances dans le groupe de Pink Floyd. La créativité avec laquelle ils créaient leurs images devint rapidement réputée : de Atom Heart Mother (Pink Floyd), une pochette ne livrant aucun lettrage, à The Dark Side of the Moon (Pink Floyd), icône du rock, passant par Going for the One (Yes), et Presence (Led Zeppelin), leur géni dépassait à chaque reprise les attentes de leurs contractants. Il n’en fut pas moins pour l’album The Lamb Lies Down on Broadway. Quelques semaines avant la date de parution de l’album, Powell prit contact avec Peter Gabriel. Les seules paroles de Peter furent : « OK, here’s the lyrics. This is the story about Rael. I want you to illustrate the story. » Ainsi, les illustrateurs appliquèrent les parties importantes de l’histoire sur la pochette, et ce, sous la forme de vignettes. Au dénouement de leurs maintes semaines de travail, les artistes présentèrent le produit final : les deux partis étaient plus que satisfaits du résultat.

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Finalement, l’album parut le 18 novembre 1974. Le produit final, apporté par plusieurs journées complètes d’effort sans sommeil, se placera en plus haut encore que leur opus précédent : The Lamb Lies Down on Broadway devint un des meilleurs double-disques et un des albums concepts les plus acclamés de tous les temps. L’histoire et l’innovation créatrice derrière cet album lui valent, sans aucun doute, sa place parmi les créations légendaires du rock.

 Quelques couvertures d’albums créées par Hipgnosis:

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