OPINION

31 mars 2021

Une inclusivité unilatérale

Victor Dubuc

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Les Québécois seraient des racistes pratiquant le « lynchage médical » dans leur État « d’Alabama du Nord » gouverné par des « suprémacistes blancs »… Ça en est risible par soi-même. Même si le Québec bashing n’est pas une tendance nouvelle, elle me paraît particulièrement inquiétante ces temps-ci. Ces propos ne proviennent pas de publications insignifiantes égarées sur les médias sociaux comme nous en avons l’habitude. Ils proviennent d’un professeur, qui a le mandat d’éduquer, de former et d’outiller les jeunes esprits. Ces gardiens du savoir doivent incarner une certaine décence morale en société. Ce type de discours diffamatoire n’est certainement pas acceptable, mais l’Université d’Ottawa choisit décidément ses combats…

 

Tout d’abord, il me semble important de se pencher sur les raisons qui ont mené à la suspension de Mme Lieutenant-Duval cet automne à l’Université d’Ottawa. Elle souhaitait enseigner l’histoire de l’art à travers une « perspective féministe et inclusive ». Dans son cours, le mot en « n » a été prononcé dans un contexte pédagogique et explicatif selon l’application historique  du mot, d’autant plus que les étudiants avaient été avertis que le programme du cours aborderait du contenu sensible. Vous connaissez la suite de l’histoire; d’une part, l’université a accusé la professeure de commettre des micro-agressions ainsi que de véhiculer des propos racistes et, d’autre part, les concepts de liberté académique et de compréhension de l’histoire ont été avancés à la défense de Mme Lieutenant-Duval. Ces derniers concepts me paraissent les plus importants points de référence d’une société vers la recherche de la vérité, particulièrement dans une institution de savoir.

 

Maintenant, il semble que l’Université d’Ottawa change son fusil d’épaule… Alors qu’aborder des sujets sensibles d’une perspective analytique est condamnable, faire ouvertement la promotion de propos diffamatoires envers un groupe ne l’est pas sous le couvert de la liberté d’expression. Du moins, en n’agissant aucunement et en ne sanctionnant pas le professeur, l’université cautionne le discours de ce dernier. Certes, M. Attaran se prononçait à l’extérieur du cadre d’enseignement, mais ça ne peut certainement pas justifier quoi que ce soit. En fait, au même titre qu’envers n’importe quel autre groupe, ces propos, lorsqu’ils sont prononcés en dehors d’un contexte académique visant une compréhension, ne sont pas justifiables et relèvent de la diffamation. Finalement, plus on s’y penche, plus on remarque que la seule communauté culturelle pour laquelle il est socialement accepté de diffamer au Canada est celle des Québécois. La haine de M. Attaran en marque l’ironie la plus profonde dans sa quête vers l’inclusivité.

 

Que doit-on comprendre de ces évènements ? Pour ma part, j’y vois une continuité des symptômes du colonialisme du passé. Il semble que ce que l’on reprochait à Lord Durham a déjà été oublié par plusieurs. Que l’on puisse accepter ce type de discours envers les Québécois et qu’il arrive à trouver du support (même parmi des élus!) incarne la volonté du reste du Canada d’imposer ses manières de penser au Québec, qui est inférieur moralement. Ces événements ne sont que les conséquences d’une conception d’un Canada multiculturel « post-national », dans lequel les Québécois ne constituent pas un peuple fondateur, mais uniquement un peuple comme un autre dans la mosaïque canadienne sans culture commune. Et encore ! Comme nous l’avons constaté il y a peu de temps avec la publicité de la firme de consultants en immigration MDC Canada, il est possible de vanter le Canada comme étant « progressive, safe and multicultural » tout en se plaignant que les francophones y soient trop nombreux. Il serait absolument impensable de prononcer les mêmes propos envers quelconque autre communauté culturelle du Canada. La diversité québécoise n’est tout simplement pas une « bonne » diversité pour bien des Canadiens…