ENTREVUE

9 novembre 2020

Vers un pays: entrevue avec Paul St-Pierre Plamondon

Victor Dubuc

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Le 9 octobre, Paul St-Pierre Plamondon a été élu 10e chef du Parti Québécois avec 56% des voix. Cet avocat, homme d’affaires et écrivain se sera démarqué comme étant le candidat des jeunes et de l’indépendance. M. St-Pierre Plamondon nous a accordé une entrevue.

 

La tranche d’âge des 18 à 34 ans a un taux d’appui à l’indépendance du Québec légèrement moins élevé que les autres tranches d’âge. Pour la plupart, ces jeunes n’étaient pas encore nés lors des deux référendums sur la souveraineté du Québec ou ont grandi dans le contexte de la défaite référendaire. Ainsi, pour eux, l’intérêt pour cet enjeu est généralement un peu moins élevé. La cause indépendantiste, pourtant historiquement portée par la jeunesse, aura besoin que les jeunes générations se sentent davantage concernées. Paul St-Pierre Plamondon conçoit que la situation du Québec dans le Canada est toujours aussi problématique aujourd’hui qu’elle ne l’était avant :

 

« De génération en génération, il y a toujours eu des gens pour servir cette cause [l’indépendance du Québec] et dans le Québec de 2020, ça se traduit par des enjeux très concrets, par exemple : une corruption récurrente liée aux partis fédéralistes, l’incapacité de faire des choix environnementaux responsables, notre incapacité à rayonner à l’international et un déclin linguistique et culturel mesurable. […] C’est peut-être votre génération qui sera la bonne et qui va permettre au Québec d’enfin passer à autre chose, puis se permettre de rayonner. »

 

Depuis les dernières élections, la représentation de Québec solidaire à l’Assemblée nationale du Québec a significativement augmenté. Ce parti a insisté sur ses convictions indépendantistes durant les dernières années. Toutefois, un récent sondage révèle que seulement 51% des électeurs de ce parti voteraient en faveur du Oui. À l’inverse, 84% des électeurs péquistes supportent l’indépendance du Québec. Certains se questionnent sur la légitimité de QS d’être le parti qui fera du Québec un pays. Bien que les choix de ce parti intéressent peu le chef du PQ, il est d’avis que seul le Parti québécois a le potentiel de concrétiser le projet de pays du Québec.

 

« La seule formation politique qui a une chance réelle de faire atterrir le pays, c’est le Parti québécois. […] On accepte, au Parti québécois, de dépasser les idéologies pour l’atteinte d’un objectif qui est plus grand, plus important, qui touche tout le monde, alors que Québec solidaire est un parti idéologique. L’idéologie qu’ils servent, on peut être pour, on peut être contre, mais elle est définitivement plus importante à leurs yeux que la réalisation du pays. »

 

Selon le chef du Parti québécois, l’indépendance doit autant se faire par la droite que par la gauche. C’est-à-dire que cet objectif ne peut pas être exclusif à une famille politique. Le Parti québécois veut rassembler autant les sociaux-démocrates que les conservateurs vers l’objectif commun de la souveraineté du Québec. Lorsqu’il était candidat à la chefferie, M. St-Pierre Plamondon a notamment fait des propositions allant dans le sens du féminisme et d’un salaire maximum dans les entreprises subventionnées, tout en dénonçant les menaces sur la liberté d’expression dans les universités. Il juge que si les sujets qui tiennent à cœur aux  personnes de différentes idéologies avancent, ils ne seront pas hostiles aux autres positions du parti.

 

« Ce ne sont pas des familles qui s’intéressent nécessairement aux mêmes sujets. […] S’ils ont l’impression que le pays avance, les gens seront beaucoup plus flexibles. »

 

Sur la question environnementale, enjeu qui mobilise considérablement les jeunes aujourd’hui, M. St-Pierre Plamondon déclare que les Québécois peuvent s’attendre à un plan « ambitieux et rigoureux » de la part du PQ. Le parti exigera de la CAQ un plan crédible en matière de lutte aux changements climatiques, étant donné qu'actuellement, le gouvernement ne mesure que l’argent dépensé dans leur programme, sans mesurer la réduction des GES. Le chef qualifie la manière d’agir de la CAQ comme étant « absurde » et « la recette pour l’échec ». Il exprime également que de se déclarer environnementaliste et fédéraliste à la fois est de la « supercherie intellectuelle ».

 

« Malheureusement, qu’on le veuille ou non, la moitié de nos impôts ou presque vont à Ottawa et Ottawa va utiliser ces impôts-là pour alimenter le pétrole, parce que : [qu’il] soit conservateur ou libéral, le Canada est un pétro-gouvernement, c’est-à-dire infiltré par le lobby de l’industrie du pétrole. »

 

De la même manière, Paul St-Pierre Plamondon voit dans l’indépendance du Québec un levier pour résoudre d’autres enjeux, notamment, la lutte à la corruption et aux paradis fiscaux ainsi que permettre au Québec de jouer sa diplomatie sur la scène internationale.

 

« Les gouvernements fédéralistes seront toujours liés à un taux de corruption plus élevé que la moyenne, parce que essentiellement, le rôle d’un gouvernement fédéraliste est de prévenir l’indépendance du Québec et s’assurer que le Québec est sous contrôle. La technique pour y arriver est de corrompre ou affaiblir les institutions québécoises. »

 

Le chef du PQ est optimiste par rapport à l’adhésion des jeunes au parti. Il estime que l’indépendance est un projet tourné vers l’avenir et que les jeunes seront parmi les plus nombreux à être recrutés. Même s’il est possible de penser que les forces souverainistes sont relativement dispersées, Paul St-Pierre Plamondon croit que ces personnes seront séduites par la crédibilité des propositions du Parti québécois.

 

« Il faut entreprendre le Québec de demain sur de bonnes bases et l’une d'entre elles est la vérité. […] Il faut s’intéresser à la politique, mais de manière rigoureuse et aller voir les faits. […] Je dirais aux jeunes : informez-vous, lisez et impliquez-vous. »

 

- Paul St-Pierre Plamondon