OPINION

5 avril 2021

Guide du parfait allié

Valérie Montour pour le comité Artémis

guide du parfait allié.jpg

Salut les gars,

Je commence ça amicalement, parce que je pense que tout le monde a besoin de se rappeler que c’est ce qu'on est d’abord et avant tout : des amis. Ce n’est pas un combat entre les hommes et les femmes, ce n’est pas un bras de fer ni un concours du « plus privilégié ». C’est une lutte commune et on a besoin de tous et chacun pour la réaliser. C’est donc dans cet état d’esprit que je vous présente ce guide du parfait allié. Rassurez-vous, je ne me suis pas levée un matin en décidant que je vous dicterai quoi faire selon mes valeurs ; j’ai sondé des centaines de femmes, j’ai cherché et j’ai reformulé pour en arriver à ces points absolument vitaux. Voici donc, mes chers amis, comment être un parfait allié à la cause féministe.

 

  1. Écouter ! 

De loin la réponse qui est revenue le plus souvent. « Rien que ça ? », me direz-vous ? Oui, rien que ça. Mais là, on parle d’une écoute ACTIVE comme dirait tout bon professeur. Une écoute où vous cherchez à comprendre, à approfondir vos connaissances. Une écoute sans jugement et sans interruption agressive (s’il vous plaît). 

 

  2. Dénoncer !

Dénoncez les actions sexistes autour de vous. Même si c’est votre meilleur ami. Je vous en prie. Et pas dénoncer juste en présence des filles parce que « ça pogne être féministe ». Dénoncer parce que c’est inacceptable. C’est un peu triste à dire, mais un homme risque plus d’arrêter son comportement si un autre homme le dénonce que si une femme le fait. Votre dénonciation compte énormément, même si elle est à petite échelle. Merci d’avance !

 

  3. Penser par soi-même !

Il est facile de suivre ses amis ou de suivre l’opinion générale d’un groupe dans lequel on se retrouve et d’être emporté par cela. Osez remettre en question l’opinion de votre groupe d’amis ! Osez forger votre avis en écoutant divers point de vue ! Dans mes sondages, j’ai reçu plusieurs témoignages d’hommes qui n’avaient pas oser prendre la parole ou défendre un point féministe avec ses amis, car la totalité du groupe en riait. L’humain est magnifique dans sa pluralité et dans sa diversité d’idées, il ne faut pas avoir honte de penser différemment ! 

 

  4. De petits gestes simples.

Ça va peut-être vous étonner, mais aider la cause féministe peut être aussi banal que changer de trottoir quand vous marchez derrière une femme le soir. Loin de là mon intention de vous attribuez de mauvaises intentions, c’est juste tellement paniquant de se sentir suivie ou observée, constamment en danger. C’est évidemment un exemple parmi tant d’autres, mais les petits gestes sont importants !

 

  5. S’informer (par vous-même)

Évidemment, la base : s’informer ! Suivre des pages féministes, mais aussi lire, aller vérifier ses statistiques avant de parler et écouter des podcast ou documentaires. Informez-vous pour vous. En tant que femmes, on a parfois l’impression que vous vous informez pour être polis, sans être réellement intéressés par ce qu’on explique. Ça devient donc épuisant pour nous d’éduquer sur le sujet tous ceux qui le demandent. On peut vous aider à comprendre certains points, bien sûr, mais ce n’est pas notre travail d’avoir des débats à tout bout de champ. (Pour l’avoir vécu, c’est démoralisant, frustrant et ça ne mène à rien.)

 

  6. Consentement

Ce concept sonne si simple et est pourtant si peu compris. Le consentement ne se résume pas à entendre un « oui » et à sauter dessus. Le consentement, c’est aussi ne pas demander trois fois à son partenaire dans la même soirée dans l’espoir d’obtenir un oui en bout de ligne. Le consentement, c’est aussi être patient et ne pas mettre de pression. Le consentement, c’est aussi quand l’autre personne est en possession de ses moyens et à les capacités de dire un véritable « oui ». Il suffit d’être attentif. 

 

  7. Cesser de juger le corps des femmes

Le corps de la femme est étrangement un sujet très polarisant. Une femme montre trop de peau sur Instagram ? Alors elle est une fille facile et elle essaie d’attirer l’attention. Une femme porte toujours des col-roulés ? Alors elle est coincée. Une femme est maquillée ? Pouah ! Je préfère le naturel ! Une femme n’est pas maquillée ? Oh non, je préfère les femmes qui prennent soin d’elles… Peut-être serait-on plus conscient du problème si c’était du corps des hommes dont il était question ? À ce que je sache, les photos torse nu ne font pas tellement jaser. Demandons-nous pourquoi le corps d’une femme est tant critiqué, objectifié et polérisant, ça me semble être un bon exercice pour débuter. 

 

  8. Comprendre que c’est également votre combat.

J’aurais pu commencer cette section en disant « et votre mère ? votre sœur ? votre copine ? », mais j’en ai franchement pas envie. J’ai espoir que les hommes ne s’impliquent pas dans le féminisme seulement parce que quelques femmes sont importantes pour eux. Le féminisme, même si le nom peut sembler vouloir dire le contraire, prône l’égalité et non la supériorité de la femme. Nous ne vous demandons pas de commencer à être moins payés que les femmes, à ce que le nom de famille des enfants soit maintenant celui de la mère et que les 46 prochains dirigeants des États-Unis soient des femmes. Nous demandons à ce qu’il y ait une équité salariale, à ce que le nom de famille d’un enfant soit composé ou du moins discuté et à ce que les femmes aient les mêmes chances que les hommes de se faire élire. Pour accéder à une équité totale, ça vous demandera peut-être de faire quelques sacrifices, oui. Mais l’équité totale implique aussi moins de pression sur les hommes, pour que vous puissiez pleurer sans vous faire juger, préférer la danse au baseball sans vous poser de questions et ne pas penser que vous devez être celui qui soutiendra votre famille avec le plus gros salaire. On a tous tellement à y gagner.  

 

  9. Ne pas penser que les normes sociales établies sont ce qu’il y a        de mieux.

C’est parfois difficile de se sortir d’anciennes habitudes. Garder l'œil ouvert et un jugement critique. Ce n’est pas parce qu’une chose est une norme qu’elle est bonne et il ne faut pas hésiter à s’en sortir. J’entends souvent des arguments comme « oui, mais ça a toujours été comme ça » ou « il n’y a pas de meilleures solutions » quand je dénonce un problème sexiste de notre société. S’ouvrir au changement et se rappeler que des lois ou des normes se doivent d’évoluer avec le temps, c’est primordial.

 

  10. Partir avec de bonnes intentions

Être un bon allié, ce n’est pas être parfait, irréprochable et engagé en tout temps. C’est essayer, se tromper, comprendre son erreur et réessayer. Personne n’est parfait, surtout pas quand on s’implique dans une cause aussi vaste que le féminisme. Moi-même, je relis certains textes et commentaires avec honte.  Je vous l’admets ici, parce qu’on est entre nous, mais certains concepts féministes ont été laborieux à me faire comprendre. J’ai donc été maladroite et je continue de l’être, de moins en moins je l'espère. Et pourtant c’est ici que je suis rendue, en train d’écrire un article de comment être un parfait allié du féministe, comme si la perfection existait de toute façon. Bref, ne laissez pas la pression de faire des erreurs vous empêchez de vous impliquer !


 

J’aimerais terminer avec des remerciements. Il y a des critiques, des leçons, des dénonciations et tout cela va très vite. J’aimerais prendre un pause dans cette tornade activiste pour vous dire merci de vous intéressez à ce guide. Merci de faire de votre mieux et de vous ouvrir à mon point de vue. 

 

La prochaine pause qu’on prendra, je propose qu’on la prenne main dans la main, pour admirer les progrès qu’on aura fait ensemble, qu’en dites-vous ? 

Illustration de Kezia Gabriella https://keziagabriella.com/OVEREXCITED-ZINE